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Le 2 décembre 1451, il y a 550 ans, était promulgué le Statuyt vanden meerers van de Stadt Brussel,
le Statut des emborneurs de la Ville de Bruxelles.
Cette ordonnance codifie des usages déjà anciens en matière de servitudes urbaines et rurales et
détermine en plusieurs de ses articles le rôle et les missions des meerers, les arpenteurs-géomètres
de cette époque.
Déjà en 1976, L'Union des Géomètres-Experts immobiliers de Bruxelles organisait une exposition sur
le thème: "Les géomètres-arpenteurs du XVIe au XVIIIe siècle dans nos provinces".
Le but poursuivi cette fois est de faire connaître l'évolution de la profession des géomètres depuis
la période romaine jusqu'au XVIe siècle.
Les augures étrusques, très respectueux du droit de propriété, ont instauré le principe du bornage
des biens. Pour la fondation de leurs villes, ils appliquèrent un modèle géométrique.
Rome développa ces principes et les légions, dans leurs conquêtes, les étendirent à tout l'Empire.
Aux camps militaires, de nature temporaire, succèdent des villes nouvelles implantées suivant les
mêmes principes. Ces villes sont reliées entre elles par un réseau de communications terrestres:
les fameuses voies romaines dont le tracé est l'œuvre des agrimensores.
Les Romains sont amateurs de bains, d'où la nécessité d'amener l'eau parfois sur des dizaines de km.
Ces ouvrages d'art impliquent des problèmes de tracé, de nivellement, voire de percement de tunnels
pour lesquels les agrimensores sont particulièrement compétents.
Les terres conquises sont réparties entre les vétérans, les colons, l'Etat et les autochtones
suivant un modèle d'environ 710 x 710 m ou une superficie approximative de 50 ha, subdivisée à
son tour. Le paysage se trouve ainsi quadrillé sur des centaines de milliers d'hectares:
c'est la "centuriation". Celle-ci se retrouve dans toute l'extension de l'Empire romain.
A Orange fut découverte la "forma" de la cadastration sous forme de plaques de marbre recouvrant
une superficie de 7,56 m sur 5,90 m. La photographie aérienne de la Tunisie a révélé l'existence
de près d'un million et demi d'hectares centuriés!
Les agrimensores nous ont laissé de nombreux écrits décrivant les règles de droit et les
techniques qu'ils avaient à respecter, dont le Corpus agrimensores romanorum.
De par les chapitres "La transmission du savoir" et "Les livres et les instruments d'arpentage",
on se rend compte que nos arpenteurs n'étaient pas des ignares. L'exposition à cet égard est
exceptionnelle: près de 135 ouvrages, documents et instruments dont certains seront montrés
pour la première fois en Belgique. Parmi les auteurs, citons: Boèce, Bède le Vénérable, Gerbert
d'Aurillac, Fibonacci, Levi Ben Gerson, Euclide, Vitruve, Dürer, Digges, Oronce Fine, Regiomontanus,
Sebastian Münster etc. Seront présentés des astrolabes, des reconstitutions d'instruments romains
provenant de Dortmund et de Münster et les plus importants instruments d'arpentage des musées
d'Oxford et du Cinquantenaire à Bruxelles.
Le splendide "Traité des termes", abondamment illustré par Bertrand Boysset au XIVe siècle
est partiellement reproduit en photos d'après le manuscrit conservé à la Bibliothèque
Inguimbertine de Carpentras et dont sont tirées l'affiche de l'exposition et la
couverture du catalogue.
Dans nos régions, les arpenteurs ont participé, tout au long du Moyen Âge, aux défrichements
et à la formation des polders. L'ordonnance de 1451 est la consécration du savoir-faire des
arpenteurs de cette époque. Ils mesurent et bornent le parcellaire et sont appelés dans tous
les différends en matière de délimitation, de bornage et de servitudes foncières.
Un colloque réunissant des chercheurs belges et des spécialistes venant de France, d'Allemagne,
de Grande-Bretagne et d'Espagne se tiendra les 30 novembre et 1er décembre à Bruxelles, en la
Maison du Géomètre et à la Bibliothèque royale.
© Ms 327 - Bibliothèque Inguimbertine - Carpentras
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