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Grâce à la Fondation Roi Baudouin, les Heures Tavernier (Bruxelles, KBR, ms. IV 1290),
ainsi dénommées en référence au principal miniaturiste qui y a collaboré, ont enfin pu,
après plusieurs siècles d'errance, réintégrer la place qui leur revient au sein des collections
de la Bibliothèque royale de Belgique. Manuscrit remarquable à plus d'un titre, ces Heures ont
probablement fait partie de la prestigieuse librairie des ducs de Bourgogne dont le noyau
historique se trouve aujourd'hui à la Section des Manuscrits.
A l'entame du XIVème siècle, Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne, jette les bases de ce qui
allait devenir une bibliothèque d'exception. Transmise à ses successeurs, elle fera la fierté de
Jean sans Peur, Philippe le Bon puis Charles le Téméraire. La bibliophilie devient affaire de famille:
tous auront peu ou prou le souci d'accroître cette collection, miroir prestigieux de la puissance de
l'Etat bourguignon. Puissant, certes, mais fragile: la mort de l'ambitieux Charles le Téméraire suite
au désastre de Nancy, en 1477, vient bouleverser le destin des Pays-Bas méridionaux. Le dernier duc
de Bourgogne laisse derrière lui une librairie dont le nombre de pièces avoisine le millier. Qui trop
embrasse mal étreint, dit-on. L'adage ne vaut pourtant pas pour la collection bourguignonne, dont le
nombre n'a d'égal que la qualité des pièces conservées. Et pour cause: des artistes, des copistes,
des traducteurs de renom consacrent leurs talents à l'enrichissement de "la librairie de mondit seigneur".
Parmi eux, Jean Tavernier et Loyset Liédet, principaux enlumineurs des Heures Tavernier, mais aussi Antoine
de Gavere, célèbre relieur brugeois. Personnalités bien connues du mécénat bouguignon, ils ont tous trois
oeuvré à la réalisation de ce livre de dévotion dont de nombreux indices laissent penser qu'il s'agit d'une
commande personnelle du duc Philippe le Bon.
Les Heures Tavernier, achetées par la Fondation Roi Baudouin chez Sotheby's à Londres, constituent une
acquisition de tout premier ordre pour la Bibliothèque royale de Belgique, et pas seulement de par ses
qualités intrinsèques. Ce manuscrit n'est en effet que le troisième à réintégrer la librairie des ducs
de Bourgogne depuis 1815, année de la rétrocession des oeuvres d'art emportées en 1794 à Paris par les
"agences d'extraction" de la République française. Avaient déjà pu être récupérées l'exemplaire
personnel de Philippe le Bon de la Vita Christi (Bruxelles, KBR, ms. IV 106), de même que la
traduction du texte de Xénophon, le Hiéron ou De la Tyrannie, texte que Charles Soillot dédia
à Charles le Téméraire, alors comte de Charolais (Bruxelles, KBR, ms. IV 1264). L'année 2001 a
marqué le retour au sein des collections bourguignonnes d'un troisième volume, les Heures Tavernier.
A leurs côtés sont présentés d'autres manuscrits enluminés de la main de Loyset Liédet et Jean Tavernier,
dont les célèbres Chroniques et conquêtes de Charlemagne (Bruxelles, KBR, mss 9066-9067). Gageons que
cette exposition contribuera à rendre aux Heures Tavernier toutes ses lettres de noblesse.
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