Marc LESCARBOT, Figure de la Terre-Neuve, Grande Riviere du Canada, et Côtes de la Nouvelle France

   Il suffit parfois d'un événement fortuit pour provoquer l'aventure de toute une vie : un procès perdu en raison de la corruption d'un juge éloigne Marc Lescarbot (ca 1570-1642) du barreau parisien et entraîne son départ pour le Canada où il arrive en juillet 1606 à Port-Royal, actuel Annapolis Royal en Nouvelle-Ecosse. Son séjour ne dure pas plus de treize mois et ses voyages sur place se résument à une traversée de l'actuelle baie de Fundy mais il recueille suffisamment d'informations pour livrer au public français une Histoire de la Nouvelle France qui obtient un beau succès en 1609. Le livre connaît de nouvelles éditions en 1611 et 1617 avec ajouts dans chacun des cas (certains exemplaires portent cependant les dates de 1612 et 1618), ainsi que des traductions en allemand et en anglais.

    L'ouvrage s'ouvre sur les récits de multiples expéditions et de colonisations françaises en Amérique : on y trouve les récits de Verrazzano, de Cartier, de Roberval au Canada, de Laudonnière en Floride ainsi que ceux de Villegagnon et Lery au Brésil. Lescarbot entame ensuite une partie plus intéressante parce que plus originale : il y relate l'expédition de Samuel de Champlain en 1603, d'après un compte rendu qu'il tient de l'explorateur lui-même, mais raconte également l'installation d'établisse ments en Acadie et plus particulièrement l'histoire de Port-Royal, aventure à laquelle Lescarbot a activement participé. Les derniers chapitres sont consacrés aux indiens, à leurs habitudes, à leur vie quotidienne. L'auteur y décrit les cérémonies et les fêtes qui accompagnent les diverses étapes de l'existence, disserte de religion, de médecine et de chirurgie. Le sens d'observation et la sympathie dont Lescarbot fait preuve à l'égard des indigènes rendent précieux son témoignage. Dans les ajouts des éditions de 1611 et 1617, il rapporte la suite de l'histoire de la colonie, les difficultés des promoteurs et résume les nouvelles expéditions de Champlain.

    La Figure de la Terre-Neuve dont Lescarbot est l'auteur ("Marcus Lescarbot nunc primum delineavit"), Jan Swelinck le graveur et Jean Millot l'éditeur, illustre l'ouvrage dès sa première édition. Elle est, parmi les cartes de cette région publiées jusqu'alors, l'une des plus précises et cependant ses imperfections apparaissent de manière évidente : le Saint- Laurent, appelé rivière de Canada, s'oriente selon un axe presque horizontal alors qu'il devrait adopter une inclinaison Sud-Ouest/Nord-Est nettement plus marquée. La Nouvelle-Ecosse présente la même anomalie alors que l'île Prince Edouard fait défaut et que les côtes de Terre-Neuve sont trop découpées. Les numéros renvoient aux dénominations, pour la plupart reprises aux Voyages de Cartier et dont très peu vont parvenir jusqu'à nous. On peut ainsi voir à l'Ouest Hochelaga et le Mont Royal , ainsi que les rapides de Lachine qu'il appelle le "Saut" (n° 81). La carte indique les établissements français marqués d'un lys, les zones montagneuses et les tribus indiennes, entre autres les Souriquois (Micmacs) avec lesquels Lescarbot eut de fréquents contacts, et présente dans le coin inférieur gauche les produits de l'agriculture indigène : maïs, vigne, tabac. Le cadre s'arrête à la rivière des Iroquois (le cours supérieur du Saint- Laurent) de telle sorte que Lescarbot n'a pas à se préoccuper de la zone des Grands Lacs ; s'il est parfaitement au fait des reconnaissances de Cham plain et notamment de l'existence du lac auquel l'explorateur laisse son nom (livre V, chapitre III), son texte ne mentionne pas les autres, pourtant connus par ouï-dire. Quelques mois plus tard, Champlain livre au public le résultat de ses importantes découvertes dans ses Voyages (1613), accom pagnés de cartes dont la grande précision lui vaut une juste renommée.

    Personnalité attachante, Lescarbot est aujourd'hui une figure un peu oubliée ; pourtant, il mériterait de passer à la postérité comme auteur du seul Theatre de Neptune. Cet intermède joué en 1606 dans le bassin de Port-Royal, mettait en scène le dieu marin accompagné de tritons et de sauvages venus saluer le retour au Canada de l'un des promoteurs de la colonie, et rimant pour l'occasion en français et en souriquois.

Bibliographie


Je voudrais voir la page: [Cartes du Monde et des Amériques] , [Cartes d' Amérique du Nord] , [Cartes d' Amérique Centrale et d' Amérique du Sud] , [Introduction]

Retour à la [Page d'accueil]