[Saint-Dié, 1507]
cote: VB 51963 A LP
Comme le déclare l'auteur, dans la préface,
l'ouvrage a deux buts :
1- accompagner et expliquer un globe terrestre et une carte du monde :
"Propositum est hoc libello quandam cosmographiae introductionem
scribere : quam nos tam in solido quam plano depinximus : On se propose
dans ce recueil d'écrire une introduction à la cosmographie
que nous avons décrite tant sur un globe qu'à plat"
;
2- rendre accessible une lettre de l'explorateur Amerigo Vespucci (1451-1512)
dans laquelle il décrit ses quatre voyages vers le Nouveau Monde.
Deux de ces voyages avaient été ordonnés par le roi
d'Espagne et deux par le roi du Portugal. Le but était de déterminer
les territoires qui appartenaient à chaque souverain selon la ligne
de démarcation fixée en 1493 par le pape. Une version de
la lettre de Vespucci aurait été publiée, pour la
première fois, en 1504. Toutefois l'authenticité de ce document
a été mise en question par des historiens, car si la lettre
est authentique, le voyage de Vespucci pour le Sud du continent aurait
eu lieu un an avant celui de Colomb. Les mêmes historiens affirment
que Vespucci n'a fait que les deuxième et troisième voyages.
La lettre, datée de Lisbonne du 4 septembre 1504, fut traduite du
français en latin par Jean Basin. Le cercle des cartographes et
géographes de Saint-Dié, dont Martin Waldseemüller était
membre avait reçu une série de portulans sur lesquels les
nouvelles découvertes géographiques étaient indiquées.
Le contenu et les conclusions cartographiques de ces portulans furent intégrés
plus tard dans les cartes "modernes" publiées par Waldseemüller
dans son Ptolemaei Geographia. C'est pour introduire le lecteur
à la doctrine géographique de Ptolémée que
Waldseemüller écrit la Cosmographiae introductio. Selon
lui, pour préparer le lecteur à la géographie, il
faut le familiariser avec l'astronomie et la géométrie. Ces
deux disciplines forment le sujet des chapitres 1 à 5 ; elles sont
suivies par la partie géographique du traité qui occupe les
chapitres 6 à 9. Malgré son respect de l'autorité
de la tradition ptolémaïque, Waldseemüller ne le suit
pas toujours, en particulier lorsqu'il s'agit du Nouveau Monde car des
renseignements récents doivent remplacer les anciens.
Dans le chapitre 9, intitulé : "Sur certains éléments de la cos mographie" le nom "America" est appliqué pour la première fois au Nouveau Monde et plus précisément, à la partie méridionale. Waldseemüller a été le premier à donner le nom dans ce passage : "Nunc vero et hae partes sunt latius lustratae, et alia quarta pars per Americum Vesputium (ut in sequentibus audietur) inventa est, quam non video cur quis jure vetet ab Americo inventore, sagacis ingenii viro, Amerigen quasi Americi terram, sive Americam dicendam : cum Europa et Asia a mulieribus sua sortita sint nomina : A présent, ces [trois] parties [du monde : l'Europe, l'Asie et l'Afrique] ont été plus largement parcourues et une quatrième partie a été découverte (comme on l'apprendra dans la suite) par Amerigo Vespucci. Cette quatrième partie, je ne vois pas pourquoi quelqu'un empêcherait à juste titre qu'on l'appelle, du nom Amerigo de son découvreur, un homme à l'esprit très pénétrant, Amerige en tant que terre d'Amerigo, ou America, puisque l'Europe et l'Asie ont acquis leur nom de personnages féminins".
Au moment d'élaborer ce texte, Waldseemüller n'a certainement pas encore été informé du rôle de Colomb dans la découverte du Nouveau Monde, et lorsqu'il a voulu corriger cette erreur il était trop tard, car le nom "America" était déjà bien implanté (cf. Ptolemaei Geographia) et des cartographes comme Henricus Loritus (1488-1563) America, 1520 et Johan Schoener (1477-1547) globes de 1515 et 1533 l'avaient adopté. Alexander von Humboldt (1769-1859) confirme cette opinion dans son Examen critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent. Un certain nombre d'historiens de la cartographie ont aussi adopté cet avis et parmi eux D'Avezac, H. Harrisse, L. Gallois, J. Boyd Thacher, Joseph Fischer et Fr. von Wieser. Le globe terrestre, découvert en 1890 par L. Gallois, ainsi que la carte du monde, retrouvée par J. Fischer en 1902, confirment la thèse selon laquelle Waldseemüller a été le premier à donner le nom "America" au nouveau continent.
Toutefois la thèse de Humboldt sera sérieusement remise en question par certains historiens comme M.C. Schmidt, K. Goedecke, H. Charles, R. Newald et Franz Laubenberger qui après un examen critique de la Cosmographiae introductio sont arrivés à une conclusion différente en attribuant le texte du traité à Matthias Ringmann, humaniste et savant du cercle des cartographes et géographes de Saint-Dié. En conséquence c'est lui qui aurait été le premier à avoir donné le nom "America" au continent récemment découvert. Selon cette opinion, Ringmann serait à la fois l'auteur du texte de la Cosmographiae introductio et de celui de la Ptolemaei Geographia. Waldseemüller, lui, serait l'auteur des cartes sur lesquelles le nom "America" apparut pour la première fois : la Universalis cosmographia secundum ptholomaei traditionem et le globe terrestre, tous deux de 1507. Il est intéressant de remarquer ici que les géographes, les cartographes et les historiens espagnols ont résisté longtemps à ce nom et ont continué pendant des siècles d'appeler le Nouveau Monde Las Indias.
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