ANONYME, [Carte de l'Amérique]

   Antonio de Herrera y Tordesillas (1559-1625), historien des rois d'Espagne de Philippe II à Philippe IV, est l'auteur d'une Historia General de los Hechos de los Castellanos en las Islas y Tierra firme del Mar Oceano dont les 4 volumes paraissent à Madrid de 1601 à 1615. L'ouvrage, très complet car Herrera a pu grâce à sa fonction consulter des archives officielles inédites, relate les diverses étapes de la conquête de l'Amérique et contient une description du continent. Ce dernier chapitre figure seul ici dans la traduction latine de Gaspar Barlaeus. Le volume, comme l'indique le verso du titre, contient d'autres opuscules relatifs au Nouveau Monde : le récit des voyages de Jacob Le Maire, l'énumération des navigateurs ayant emprunté le détroit de Magellan, les pérégrinations américaines de Pedro Ordoñez de Cevallos durant son tour du monde ainsi qu'une description du continent issue des Tables géographiques de Pierre Bertius (1565-1629).

    Le frontispice gravé représente dans sa partie supérieure des divinités aztèques, dont certaines sont aisément identifiables par leurs symboles. Le fait est assez rare pour être relevé car les chroniqueurs espagnols mélangent souvent les attributs respectifs. On reconnaît ainsi de haut en bas et de gauche à droite : Mictlantecutli, dieu des enfers ; Tlaloc, dieu de la pluie ; un dieu et un empereur dont les noms nous échappent ; Huitzilopochtli, dieu de la guerre et du soleil au zénith ; Ehecalt, dieu du vent ; l'un des Centzon Totochtin, divinités de l'abondance responsables de l'ivresse ; et enfin un temple aztèque aux formes si caractéristiques.

    La partie inférieure du frontispice présente une carte du continent en projection trapézoïdale avec une Californie insulaire. Or les cartographes, de Gastaldi en 1546 à Willem Blaeu au début du XVIIe, présentaient tous correctement la Californie comme une presqu'île puisque la région avait été explorée de 1533 à 1542 par des navigateurs espagnols, dont le dernier Juan Rodriguez de Cabrillo, avait atteint 40° de latitude Nord. Mais en 1602, le frère Antonio Ascension, au retour de l'expédition dirigée par Sebastian Vizcaino, émet l'hypothèse de l'insularité de la Californie et dresse des cartes avec pareille configuration. D'après Tooley, un manuscrit de ce genre a été découvert vers 1620 par des Hollandais, à bord d'un vaisseau espagnol capturé, avec pour conséquence la diffusion du document. Au cours des décennies suivantes, plusieurs cartographes, et non des moindres, vont suivre la théorie espagnole : Henri Briggs, John Speed, Johannes Janssonius, Nicolas Sanson, Frederic de Wit etc. La Descriptio Indiae Occidentalis comprend deux représentations du continent : la carte du frontispice qui, toujours d'après Tooley, est la première à montrer une Californie insulaire et la seconde, face au folio 1, déjà présente dans l'édition de 1601, où la Californie apparaît comme une péninsule. Il y a cependant lieu de relativiser l'affirmation de Tooley, car la même année 1622 chez le même éditeur, Michiel Colijn, paraît le Journael der Australische Navigatie, Door den Wijt vermaerden ende cloeck-moedighen Zeeheldt, Jacob Le Maire, journal de l'expédition restitué au père de Jacob par la Verenigde Oost-Indische Compagnie, qui présente une Californie insulaire dans la carte du monde du frontispice. L'auteur des cartes illustrant ces ouvrages doit être le même car si la projection utilisée est différente, les contours très particuliers du Nord de l'Amérique sont identiques.

    Un autre élément retient, en effet, l'attention : les tracés du Nord de l'Amérique septentrionale se rapprochent de la figuration donnée par les planisphères durant la dernière décennie du XVIème siècle, ceux de Petrus Plancius ou de Giuseppe Rosaccio, par exemple. On trouve un passage net entre le continent et le pôle, auquel se rattachent le Groenland et ce qui peut être l'île de Baffin. A partir de 1605-1606, les cartes ne dépassent plus les 70° de latitude Nord et l'extrémité du continent n'est plus représentée. La carte figurant ici ne se rattache donc pas à ce type de description mais renoue avec une tradition plus ancienne.

Bibliographie


Je voudrais voir la page: [Cartes du Monde et des Amériques] , [Cartes d' Amérique du Nord] , [Cartes d' Amérique Centrale et d' Amérique du Sud] , [Introduction]

Retour à la [Page d'accueil]