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27,2 x 47,6 cm, colorié ; in G. BRAUN &
F. HOGENBERG, Civitates Orbis Terrarum. I, Coloniae,
Braun, Novellanus et Hogenberg, 1572, folio 58
cote: VH 14.334 C LP |
Mexico, que les Aztèques appelaient Tenochtitlan et qui apparaît dans certains documents du XVIème siècle sous le nom de Temistitan, est une ville relativement récente à l'arrivée des Conquistadors : elle n'a pas encore deux cents ans d'existence. Cette métropole, dont la population impression nante dépasse selon les estimations le demi-million d'habitants, frappe l'imagination des premiers Espagnols qui y pénètrent. Leurs témoignages sont d'autant plus précieux qu'ils décrivent un monde que plus personne ensuite ne devait voir. Bâtie sur des îlots et des bancs de sable essaimés dans une lagune, la capitale aztèque doit sa construction au travail opiniâtre de l'homme. Sillonnée de canaux, elle présente une division en quartiers et est reliée aux rives par trois chaussées surélevées, coupées de ponts et assez larges selon les chroniqueurs pour laisser passer huit chevaux de front.
Le premier plan de Mexico connu en Europe figure dans l'édition des lettres d'Hernan Cortes (1485-1547) parue en 1524 à Nuremberg ainsi que l'édition parue à Venise la même année. Si l'on peut reprocher à ce plan un manque de rigueur et de précision,- son auteur n'est manifestement pas cartographe,- les principales caractéristiques de la cité s'y retrouvent : îlots, chaussées, ponts ... Quelques édifices et lieux importants y figurent aussi : la place du marché, le temple sacrificiel et les palais de Montezuma, ainsi que la digue qui s'élève à l'Est et sert de protection lors de tempêtes parfois fort violentes. Trois ans plus tard, Benedetto Bordone en donne une représentation semblable quoiqu'inversée. Copiée par Antoine du Pinet (? - ca 1584) dans ses Plants, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses (Lyon, 1564) elle le sera encore par Braun et Hogenberg dans leur Civitates Orbis Terrarum. A chaque étape, des informations se perdent et le plan se transforme en fin de parcours en une évocation, de plus orientée à l'Ouest. Un autre élément retient l'attention : la ville occupe le milieu du lac Texcoco alors qu'en réalité, à l'Est, devraient se trouver de vastes étendues d'eau empêchant l'expansion de la cité. Quoiqu'il en soit, le plan est largement dépassé au moment de sa parution. Après le siège de 1521 qui coûte la vie à plus de deux cent mille personnes, les Espagnols ordonnent un assèchement partiel ainsi que la démolition des palais et des temples pour édifier une capitale qui n'a plus rien à voir avec les splendeurs aztèques.
De même, il vaut mieux chercher dans la représentation du Cuzco une impression générale plutôt qu'une description scrupuleuse des lieux. Pour se représenter ce qu'était la capitale à l'arrivée de Francisco Pizzaro, il est nécessaire de consulter les plans dressés par les archéologues plutôt que les récits, assez vagues, des soldats espagnols. Bien moins régulière que le montrent Braun et Hogenberg, la ville est traversée par deux rivières et divisée en grands secteurs correspondant aux points cardinaux. Des ruelles étroites et pavées se coupant à angle droit délimitent des quartiers aérés de grandes places. La place bordée par le palais de l'Inca, le grand temple et les maisons des hauts dignitaires est le centre à la fois géographique et social, d'où partent quatre routes menant aux coins les plus reculés de l'empire. La forteresse de Saxahuaman qui domine la ville s'élève sur une colline au Nord. Le triple rempart qui la constitue défend réservoirs, magasins et arsenaux ainsi que trois tours dont l'une est ronde, mais il ne se trouve pas du côté de la ville comme le montre le plan, il est au contraire tourné vers l'extérieur et séparé de la cité par une pente assez raide. Les vestiges de ce formidable bastion rasé par les Espagnols sont des blocs cyclopéens parfaitement lisses et ajustés qui suscitent l'admiration encore aujourd'hui. Le siège de 1536 et la création de l'Audiencia à Lima en 1543 porteront un coup fatal à la ville. Le plan du Cuzco par Braun et Hogenberg s'inspire de celui donné par Giovanni Baptista Ramusio relayé par l'ouvrage d'Antoine du Pinet.
Les Civitates Orbis Terrarum, dont ces deux plans font partie, sont l'oeuvre de Georg Braun (1541-1622) de Cologne et de deux graveurs de Malines : Frans Hogenberg (? - 1590) et Simon Novellanus (ou Van den Heuvel) à propos duquel les renseignements sont rares. L'ouvrage connaît un grand succès, est traduit et de multiples additions s'ajoutent au fil du temps, jusqu'à la parution du livre VI en 1617.
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