Echelles en milles germaniques de 15 au degré, de lieues d'Espagne de 17½ au degré, 39,8 x 56 cm. [Amsterdam, Claesz, 1595]
cote: XXV Amérique du Sud 1595 van Langren III 9509 CP
Né à Amsterdam en 1571, Arnold Florent van Langren fait partie d'une dynastie de cartographes et de fabricants de globes. Sa carrière commence en 1589 lorsqu'il collabore avec son père Jacob Florent à la fabrication d'une paire de globes terrestre et céleste. Plus tard, il se livre à un important travail cartographique, parfois en compagnie de son frère Henry Florent avec lequel il réalise une carte du monde en 1596. Installé dans les Pays-Bas méridionaux, Arnold dédie en 1609 un globe aux autorités de la ville d'Anvers, puis un autre en 1612 à la Chambre des Comptes de Bruxelles et continue à en produire jusqu'à la fin de sa vie. Il reçoit ensuite le titre de sphérographe de Leurs Altesses, les Archiducs Albert et Isabelle, puis en 1621 celui de sphérographe de Sa Majesté, Philippe IV. Son nom figure de loin en loin dans les Comptes des Domaines mais toujours pour des sommes considérables, dont certaines ont été payées "pour avoir été employé aux affaires secrètes". Il meurt en 1644.
La Delineatio Australis partis Americae fait partie de la série de 6 cartes, réalisées suivant les cas par Arnold ou Henry et insérées indiffé remment dans le Reys-Geschrift de 1595,- c'est le cas de l'exemplaire conservé à la Réserve Précieuse,- ou dans l'Itinerario paru un an après. Ces ouvrages dûs au hollandais Jan Huygen van Linschoten (1563-1611) qui paraissent chez Cornelis Claesz, relatent son séjour à Goa et décrivent les méthodes de commerce des Portugais aux Indes. L'historien F.C. Wieder avait déjà remarqué en 1927 la similitude entre les cartes du monde et des continents réalisées par les deux frères et celles parues antérieurement chez le même éditeur. L'Amérique de Arnold van Langren est effectivement un calque de deux cartes sans titre, représentant l'une la partie Nord de l'Amérique méridionale de 11° de latitude Nord à 36° de latitude Sud, l'autre la partie Sud du sous-continent avec la Terre de Feu de 19° de latitude Sud à 62° de latitude Sud. Mentionnées dans l'octroi obtenu en 1592 pour le planisphère en 18 feuilles, la Nova et exacta Terrarum Orbis Tabula Geographica de Petrus Plancius (1552- 1622), elles appartiennent à une série de cartes de continent tirées du planisphère par Cornelis Claesz. A la confrontation entre l'Amérique de van Langren et les deux cartes sans titre, la copie se révèle évidente. A titre purement anecdotique, on notera la présence des mêmes patagons géants, monstres fabuleux et scènes d'anthropophagie mais, de façon plus probante, les noms de lieux sont identiques ainsi que les contours des côtes et les tracés des fleuves. Quelques indices propres aux deux cartes parues chez Claesz et absents de la grande carte de Plancius permettent bien d'affirmer que van Langren les a utilisées comme modèle : les côtes à l'Est et à l'Ouest de l'embouchure de l'Amazone forment des parallèles avec l'équateur, les Andes traversent sans interruption tout le sous-continent et le détroit de Magellan présente le même chapelet d'îles. Par contre, Arnold van Langren introduit quelques différences, à vrai dire secondaires et peu nombreuses : il oriente sa carte à l'Ouest, transforme le cours supérieur du rio Parana en changeant la forme de la Laguna del Dorado et en supprimant la division du fleuve en deux branches à 16° de latitude Sud. Les affluents du cours inférieur de l'Amazone, le rio Aoripana et le rio de Los Topajos, ne suivent pas le même tracé.
On peut s'étonner aussi des contours de l'Amérique du Sud, mais cette configuration se retrouve sur de nombreuses cartes du XVIème siècle. La raison en est la mauvaise évaluation par les cartographes espagnols et portugais de la position du Pérou par rapport à celle du Brésil. Lorsque les longitudes du détroit de Magellan et des côtes du Chili furent connues, elles furent jointes aux coordonnées erronées du Pérou, ce qui donne au sous- continent une côte Ouest fuyante et une largeur très exagérée. A la fin du siècle seulement, les découvertes de Thomas Cavendish (1555?-1592) apporteront à l'Amérique un aspect plus conforme à la réalité.
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