Juan de la Cruz CANO y OLMEDILLA, Mapa geografico de America Meridional

   Cette carte est un bel exemple de réussite cartographique dans l'Espagne des Lumières. Son exactitude et sa relative rareté la feront longtemps rechercher par de nombreux connaisseurs tels le grand naturaliste Alexan dre von Humboldt et elle servira jusqu'au XXème siècle dans les règlements de frontières entre états, notamment entre le Brésil et l'Argentine en 1894. Comparée à la carte de l'Amérique du Sud exécutée en 1948 par l'Ameri can Geographical Society, elle révèle une précision remarquable dont on ne trouve aucun équivalent dans les cartes d'Amérique du Nord dressées à la même époque. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le cours des fleuves et le dessin général des côtes.

    Le gouvernement espagnol, désireux de régler avec le Portugal le contentieux des frontières des colonies américaines, décide dès 1763 de faire préparer une carte du sous-continent et en confie les travaux à Tomas Lopez (1730-1802) et à Juan de la Cruz Cano y Olmedilla (1734-1790) qui ont fait leur apprentissage de cartographe à Paris entre 1752 et 1760 chez J.-B. Bourguignon d'Anville (1697-1782). De retour au pays, ils travaillent en collaboration mais pour des raisons inconnues, Lopez se désiste de la commande. Les autorités espagnoles ayant jusqu'alors fait procéder à des achats de papier et de cuivres, précisent leurs desiderata en 1767, et en accord avec Cano, s'orientent vers un travail de compilation de grande envergure. Cano a désormais à sa disposition le matériel cartographique du Consejo de Indias, mais il a aussi recours à la collection personnelle de José de Ayala, archiviste de cette même administration ainsi qu'aux cartes levées sur place par des jésuites ou des voyageurs. Son désir d'exhaustivité est grand : il veut faire figurer dans son travail les limites politiques, les agglomérations, les zones minières et les routes, jusqu'aux relais de poste et aux anciennes dénominations de lieux afin d'être également utile aux historiens.

    La réussite est incontestable et cependant l'accueil est tiède : les officiels espagnols, avec à leur tête le marquis de Grimaldi, premier ministre de Charles III, se plaignent de ce que le tracé de la frontière favorise les prétentions portugaises. Il faut donc corriger les cuivres et enlever le pointillé qui marque les limites : il y aura donc un deuxième état pour les feuilles I à VII, notre numérotation étant faite de gauche à droite et de haut en bas. D'autres changements interviennent par la suite, portant sur des données purement géographiques : ajouts de noms de localités, de fleuves et d'océans, "Mar Atlantico del Norte" ou "Mar Pacifico del Sud", engendrant ainsi un troisième état pour les feuilles II, III, V et VI. Un quatrième état ne concerne que la feuille V, la province de Buenos-Aires devenant vice-royauté. Seule la feuille VIII qui est celle du titre ne subit aucune altération. Il est difficile de dater avec précision le moment exact où les transformations ont été faites. On sait seulement que la première édition est terminée en novembre 1775 et tirée à 15 exemplaires, tandis que la deuxième est terminée en février 1776. Les troisième et quatrième éditions datent sans doute de la fin 1776. Dans l'étude qu'il consacre à la carte, Thomas Smith reprend une trentaine d'exemplaires. Très rares sont les cartes présentant un ensemble de feuilles du même état ; seules les cartes conservées à Harvard (premier état) et à la Biblioteca del Palacio real de Madrid (deuxième état) sont homogènes. Notre exemplaire n'a pas été analysé dans cet article. Grâce à celui-ci, nous pouvons dire que les feuilles I, IV, VI, VII sont du deuxième état, les feuilles II, III, V sont du troisième état. Il s'agit en conséquence d'une variante de la troisième édition, que l'on ne retrouve dans aucune des bibliothèques reprises par Smith.

    La postérité rendra justice à la Mapa geografico de America meridional plus que ne l'a fait l'administration espagnole. Il est vrai que celle-ci n'avait pas intérêt à la diffusion du document et de ce fait, est peut- être à l'origine de la fallacieuse rumeur d'imprécision. Pourtant, sa valeur scientifique est reconnue dès 1790 dans les milieux scientifiques, comme le prouve l'achat de la carte par la Bibliothèque nationale de Paris en 1793. Six ans plus tard, elle est rééditée par William Faden,- l'exemplaire utilisé est une variante de la troisième édition,- tandis qu'une autre réimpression datable entre 1861 et 1869 est faite dans un format légèrement différent.

    Les cuivres de la dernière édition sont retrouvés en 1942 et déposés à la Calcografia de Madrid où l'on procède encore aujourd'hui à des retirages. Existe-t-il plus bel hommage rendu à Juan de la Cruz Cano et à son travail ?

Bibliographie


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