Echelle indéterminée, 11 x 15 cm ; in Tommaso PORCACCHI, L'Isole piu famose del mondo, Venitia, Galignani & Porro, 1572
cote: VH 14.393 C LP
Tommaso Porcacchi (ca 1530-1585), humaniste d'origine toscane installé à Venise, publie en 1572 un Isolario de 30 cartes, dédié à don Juan d'Autriche, récent vainqueur de Lépante, qui connaît assez de succès pour être réédité à plusieurs reprises : 1576, 1590, 1605 et 1620. Cet atlas fait exception dans sa production, d'ordinaire consacrée à l'histoire de l'Antiquité et de l'Italie, car Porcacchi, également éditeur, commente et annote de nombreux ouvrages littéraires comme l'Orlando furioso de Ludovico Ariosto ou historiques comme l'Istoria d'Italia de Guicciardini. Les cartes de l'Isole piu famose del mondo ainsi que les illustrations de plusieurs de ses oeuvres sont dues au graveur Girolamo Porro (1520-1604) connu pour la parfaite maîtrise de son art.
Le 6 décembre 1492, Christophe Colomb découvre une île et, impressionné par sa beauté et la gentillesse de ses habitants, la baptise "Española" dont la forme latinisée est Hispaniola. Aujourd'hui, celle-ci est divisée en deux républiques : Haïti et Saint-Domingue. La seule carte connue du découvreur, esquisse rapide qui montre le tracé de la côte Nord avec beaucoup de justesse et qui signale l'existence de la mine d'or de Cibao à l'intérieur des terres, se trouve dans la collection des ducs d'Albe. L'Amiral de la mer Océane fonde à la veille de Noël le fort de Navidad où il laisse 37 hommes. A son deuxième voyage, onze mois plus tard, il ne retrouve que ruines et décide alors la construction d'Isabella, mais choisit mal l'emplacement : si les carrières de pierre sont proches et les terres fertiles, la région manque d'eau potable et le mouillage n'est pas favorable. De ce fait, l'établissement destiné à jouer le rôle de capitale périclite très vite et sa fonction passe à San Dominico, créée en 1497, aujourd'hui appelée Saint-Domingue. L'île est cruellement exploitée et la population indienne presque complètement exterminée, situation dénoncée avec violence par Bartolomeo de Las Casas (1474-1566) mais commune à l'ensemble des colonies espagnoles d'Amérique.
La carte de Porcacchi fait suite à l'Isola Spagnuola parue dans l'Historia de l'Indie occidentale (Venise, 1534) et à sa copie portant le même titre et réalisée en 1556 par Gastaldi pour l'ouvrage de Ramusio. En comparant ces cartes, on peut mesurer la différence qui sépare un cartographe, l'auteur inconnu du document de 1534, d'un amateur même éclairé tel Porcacchi, dont le travail n'est pas précisément fiable. En effet, le contour des côtes est bien trop découpé et l'auteur a une fâcheuse tendance à faire figurer des données fantaisistes. Par exemple, les caps Lacabron et Arecifes au Nord-Est de Spagnuola ainsi que l'île d'Alto Velo au Sud sont introuvables sur une carte contemporaine. Les îles sont transformées en archipels comme c'est le cas pour Beata et pour Cayo. Aucune chaîne de montagnes ne s'étend à l'Est de San Dominico, ici San Domingo. Malgré le fait que la Navidad n'apparaisse pas, la carte s'avère plus riche en localisations que l'Isola Spagnuola de 1534 mais il est difficile de dire dans quelle mesure celles-ci sont exactes (notons que les dénomina tions espagnoles ne résisteront pas au temps ni à la colonisation française). Une erreur dans l'ornementation incite également à la prudence : il s'agit de la galère représentée dans le coin supérieur gauche. Le graveur n'a pas hésité à faire figurer au beau milieu de l'Océan Atlantique un vaisseau évoluant dans la Méditerranée, erreur déjà commise en 1493 dans l'édition bâloise de la Lettre de Colomb. En plus des cartes consacrées aux îles, l'ouvrage reprend aussi deux planisphères et une représentation de l'Amérique du Nord, inspirés de la Cosmographia Universalis et Exactissi ma de Giovanni Francesco Camocio (1567).
Je voudrais voir la page: [Cartes du Monde et des Amériques] , [Cartes d' Amérique du Nord] , [Cartes d' Amérique Centrale et d' Amérique du Sud] , [Introduction]
Retour à la [Page d'accueil]