N[icolas] DALLY, Nouvelle Carte physique, politique, industrielle et commerciale de l'Amérique centrale et des Antilles avec un plan spécial des possessions de la Compagnie belge de colonisation dans l'Amérique centrale, Etat du Guatemala

   Nicolas Dally (1795-1862), engagé très jeune dans la cavalerie impériale, est fait prisonnier à la Bérézina durant la retraite de Russie. Rentré en France en 1815, il est compromis dans un complot bonapartiste et contraint de s'exiler en Belgique où il entame des études de médecine. Ses intérêts le portent également vers la morphologie des langues et l'ethnologie : il donne ainsi une synthèse sur les Moeurs, usages et costumes des peuples d'Asie en 1843. Dans les ouvrages qu'il rédige, Dally manque de rigueur scientifique et défend parfois des théories hasardeuses comme en connut le XIXe siècle. Par exemple, dans ses Eléments de l'histoire du genre humain (1842) et son Aperçu de la méthode de géographie (1844), il expose des vues assez surprenantes sur la formation et la division de la Terre. Le centre ou "point de réunion" du globe est formé par le détroit de Behring d'où partent deux "dorsales" constituées de chaînes de montagnes qui serpentent dans l'Ancien et le Nouveau Mondes et scindent les continents en diverses zones. Après son retour en France en 1843, il prône l'usage de l'éducation physique et la gymnastique dans l'enseignement et la thérapie médicale, y compris le traitement du choléra et la phtisie.

    Ses théories géographiques assez douteuses ne doivent cependant pas occulter la qualité du document exposé ici. La Nouvelle Carte de l'Améri que centrale et des Antilles destinée à replacer la colonie belge de Santo- Tomas dans son contexte géographique est dédiée à Léopold Ier et lithograp hiée en couleurs par J. Bielaerds, graveur dont le nom apparaît également sur l'Atlas pour le Traité des grandes opérations militaires du général Jomini (Bruxelles, 1839). Notre carte montre l'Amérique de 34° Nord à 1° Nord, soit du Sud des Etats-Unis à l'Equateur. Dally y présente le Texas avec une frontière Sud-Ouest délimitée par le rio de las Nueces, soit une configuration semblable à celle de 1836 au moment de la sécession avec le Mexique. Or, de nombreuses cartes de l'époque telle la Map of Texas de John Arrowsmith (1841), ou la Carte du Texas de Martin Maris (1846), adoptent la politique de valorisation et d'expansion américaines et font du territoire texan une entité qui va jusqu'au rio Grande del Norte et empiète largement au Nord sur les territoires indiens. Le Texas déjà reconnu en 1843 au moment de la publication de la carte par de nombreuses nations dont la Belgique, n'entrera dans l'Union qu'en 1848 après une guerre de deux ans entre les Etats-Unis et le Mexique.

    Les divisions administratives que le cartographe assigne au Mexique sont peut-être plus difficiles à comprendre, sans doute parce qu'elles sont le reflet d'une situation politique intérieure extrêmement confuse. Devenu indépendant en 1821, doté d'une constitution trois ans plus tard, le Mexique devient sous la pression des conservateurs qui portent au pouvoir le dictateur Santa-Anna (1795-1876) un état fortement centralisé dont les lois fondamentales sont promulguées en 1835-36. Le territoire est alors divisé en départements qui figurent sur la carte. Le fait qu'aucun document reflétant cette situation ne se trouve repris dans la monumentale étude El Territorio Mexicano, laisse à penser que ce partage est resté purement théorique. L'année même de la parution, la Junte des 37 notables effectue un nouveau découpage du territoire en provinces dont les contours n'ont rien à voir avec la situation antérieure.

    Les Provinces-Unies de l'Amérique centrale qui forment une république fédérale dont la constitution est votée en novembre 1824, se scindent en 1840 en 5 états : Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa-Rica. Le district de Santo-Tomas, soit 405.000 hectares obtenus en concession par la Compagnie belge de colonisation, est donc situé dans la toute jeune république du Guatemala. Succédant en 1841 à une société anglaise, la Compagnie envoie une commission d'exploration sur le terrain la même année ; puis, les premiers colons, pour la plupart sans formation, s'y installent en mars 1843. Mal organisée, insuffisamment ravitaillée, victime de dissensions internes, la colonie périclite très vite ; dès 1847, le gouvernement belge envoie un navire pour rapatrier ses derniers ressortis sants qui le désirent et en 1855, le Guatemala retire à la Compagnie belge les droits que celle-ci avait acquis. Triste destinée et pitoyable fin pour cette colonie dont le drapeau présent sur la carte, figure justement une ruche bourdonnante d'activité ...

Bibliographie


Je voudrais voir la page: [Cartes du Monde et des Amériques] , [Cartes d' Amérique du Nord] , [Cartes d' Amérique Centrale et d' Amérique du Sud] , [Introduction]

Retour à la [Page d'accueil]