Guillaume de l'ISLE, Carte de la Terre Ferme, du Perou, du Brésil et du Pays des Amazones

Guillaume de l'ISLE, Carte de la Terre Ferme, du Perou, du Brésil et du Pays des Amazones

   Guillaume de l'Isle (1675-1726), sans conteste la plus grande figure en cartographie de ce début du XVIIIe siècle, reçoit sa première instruction de son père Claude (1644-1720), historiographe du Roi. Il complète ensuite sa formation auprès de Jean-Dominique Cassini (1625-1712), directeur de l'Observatoire de Paris, avant de devenir en 1703 élève-astronome à l'Académie des Sciences. Son premier travail en 1699, un globe resté manuscrit, est suivi par beaucoup d'autres : une paire de globes en 1700, et pour toute la durée de sa carrière, une centaine de cartes ainsi que des articles destinés à des publications scientifiques comme le Journal des Savants. Guillaume de l'Isle ne conçoit pas sa production cartographique comme immuable, il l'améliore constamment. Intéressé par le résultat des dernières observations astronomiques, par les plus récents récits de voyage, il s'entoure d'un réseau de correspondants qui l'informent des nouvelles découvertes, se livre à un vaste travail de critique des sources, les confronte et essaie de concilier les renseignements qu'il en tire, surtout sur le plan des distances et des coordonnées : il est ainsi le premier à donner à la Méditerranée la mesure exacte de 42°. Nommé membre de l'Académie des Sciences en 1718, il se préoccupe également de la déclinaison magnétique et laisse à son décès d'importants manuscrits, aujourd'hui conservés dans plusieurs bibliothèques parisiennes. Ses frères et son gendre, Philippe Buache (1700-1773) continueront son oeuvre.

    La Carte de la Terre Ferme gravée en 1703, va connaître plusieurs états. S'il faut en croire Tooley, les modifications n'interviennent guère qu'au niveau du cartouche : l'adresse du cartographe change ; la mention "se trouve à Amsterdam chez Louis Renar, Libraire prez de la Bourse" n'apparaît pas tout de suite puis est supprimée ; un ajout en 1718 signale la nouvelle fonction de l'auteur : il vient d'être nommé premier géographe du roi Louis XV.

    Nous présentons ici une réédition non mentionnée par Tooley gravée par Balthasar Ruyter en 1716 pour la veuve de Paul Marret et figurant dans le Voyage autour du Monde de Woodes Rogers (?-1732) ainsi que celle de 1730 parue chez Covens et Mortier.

    Une comparaison entre le modèle et les deux rééditions fait apparaître de minimes différences. La carte parue chez la veuve Marret est identique à celle de G. de l'Isle, à ceci près qu'elle décale les longitudes de 5° vers l'Est. Sans doute a-t-on procédé à cet ajustement afin de faire coïncider les coordonnées avec celles d'une autre oeuvre du cartographe, la Carte du Paraguay et du Chili et du Détroit de Magellan qui figure la moitié méridionale du sous-continent et se trouve aussi dans le Voyage de Rogers. L'écart entre deux cartes semble être chose commune chez G. de l'Isle puisque Vincent du Touret lui reprochait déjà en 1728 de ne pas utiliser un système de coordonnées uniforme pour l'ensemble de ses cartes et de ne pas justifier ses positions par des mémoires explicatifs. Par contre, le format légèrement inférieur utilisé en 1730 par Covens et Mortier entraîne la suppression d'une partie de l'Amérique centrale et le graveur oublie de tracer l'île des Jouanes dans l'embouchure de l'Amazone même s'il en mentionne le nom.

    Entre autres sources, le cartographe mentionne Cristobal d'Acuña (1597-?) dont le Nuevo descubrimiento del gran rio de las Amazonas paru à Madrid en 1641, décrit l'expédition de Pedro Teixeira (?-1640) chargée de reconnaître le fleuve et ses affluents. L'ouvrage est à l'origine d'une particularité reprise par de l'Isle : le rio de Caketa se sudivise à la fois en rio de Barraquan, c'est-à-dire l'Orénoque, et en rio Curana, le principal affluent Nord de l'Amazone déjà appelé sur d'autres cartes de l'époque rio Negro. Cette caractéristique qui figure aussi sur la carte de Nicolas Sanson (1600-1667) illustrant la traduction de l'ouvrage de Acuña (Paris, 1682) se trouve déjà sur la Partie de Terre Ferme ou sont Guiane et Caribane, du même cartographe et datant de 1656, ce qui laisse supposer que celui-ci connaissait déjà l'original espagnol. De l'Isle n'en change pas moins le tracé du rio Caketa par rapport au cours donné par Sanson, il y ajoute d'autres ramifications qui se jettent dans l'Amazone : les rios Yupara, Yuruparu, Agaranatuba et Basururu. Dans le titre, se trouve également le nom de Manuel Rodriguez (?-1701) auteur de El Marañon y Amazonas, ouvrage qui relate plus l'évangélisation des indiens qu'il ne décrit la géographie du bassin amazonien.

    La carte de Guillaume de l'Isle bien complète, indique les noms des tribus, les chaînes de montagnes, les mines, les marais, mentionne le large usage du guarani et signale l'existence du Parime Lacus sans en dessiner les contours. La connaissance de l'Amazone progressera encore au cours du siècle avec la carte de Samuel Fritz (Lima, 1707) reproduite dans les Lettres édifiantes de 1717, et avec les explorations de La Condamine (1701- 1774).

Bibliographie


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