Willem BLAEU, Terra Firma in quae Dariae Fluvius Novum Regnum Granatense et Popayan

   Cette carte de la Nouvelle-Grenade et du Popayan signée par Willem Blaeu (1571-1638) n'est pas une oeuvre du cartographe, elle provient en fait d'un cuivre gravé par Jodocus Hondius le Jeune. En effet, à la mort de ce dernier en 1629, son concurrent Willem Blaeu réussit à acquérir un peu moins de quarante cuivres qui vont lui permettre d'éditer l'année suivante un Atlantis Appendix riche de soixante cartes, dont trente-quatre sont issues de la succession, Blaeu ne modifiant en rien les cuivres et se bornant à substituer son nom au bas des cartes. La question de l'originalité du travail de Hondius pour la Nouvelle-Grenade et le Popayan peut être posée : la carte montre plus qu'une indéniable parenté avec celle du Nieuw Wereldt of Beschrijvinghe van West-Indien de Joannes de Laet, dont l'auteur est Hessel Gerritsz : données et contours sont identiques, seule l'échelle diffère légèrement. Manifestement, l'un des deux cartographes a copié l'autre mais au premier abord, il est difficile de savoir lequel. Dans l'article qu'il consacre aux atlas de Blaeu, Keuning nous donne la solution du problème : la paternité de la Terra Firma ainsi que de quatre autres cartes d'Amérique du Sud est à attribuer sans conteste à Hessel Gerritz.

    Il y a lieu de distinguer plusieurs états de la Terra Firma dans la production de Blaeu. Dans le premier, qui apparaît dans le Atlantis Appendix de 1630, le titre ne mentionne pas le fleuve Darien et la carte n'indique aucune limite de provinces. Pour autant que nous puissions en juger d'après les exemplaires conservés à la Réserve précieuse, cet état semble avoir figuré dans tous les atlas de la famille jusqu'à l'Atlas Maior dont les derniers tomes concernant l'Amérique paraissent en 1667. Un deuxième état porte la signature "Guilielmus Blaeuw excudit 1658", état que nous ne connaissons qu'à travers un fac-similé édité en 1957 par l'Office de Publicité et qui intrigue par l'association du nom et de la date : Willem Blaeu est décédé depuis vingt ans en 1658 et il ne peut s'agir de Willem, fils de Joan, né vers 1645. Nous déterminons un troisième état non établi par Koeman, ne portant plus de date mais signalant la mention du fleuve Darien dans le titre et les limites de provinces sur la carte. En effet, sur l'exemplaire présenté ici, on voit des pointillés divisant désormais la province de Popayan au mépris de la mention "Governacio de Popayan". Il s'agit donc bien d'un ajout de même que la séparation traversant la signature sous le cartouche et la mention du fleuve Darien qui, reprise dans une autre police de caractères de façon à pouvoir s'insérer entre deux lignes existantes, déséquilibre le titre. L'indication des limites des provinces n'aide en rien à la dater : les historiens colombiens reconnaissent qu'il est impossible d'établir à travers le temps l'existence et les frontières des provinces et se contentent d'effleurer le sujet. De plus, cette carte a été vendue à la feuille sans texte imprimé au dos, le cas contraire justifiant l'appartenance à un atlas qui aurait permis la datation. Les modifications ont-elles été faites avant la mort de Joan Blaeu en 1673 ? Ont-elles été pratiquées par l'association de marchands menée par Abraham Wolfgang qui a racheté les cuivres lors des ventes de 1674-1677 et laissé le nom de Blaeu parce qu'il s'agissait d'une prestigieuse référence ? La question reste posée.

    Une brève analyse du contenu révèle un tracé du réseau hydrogra phique assez approximatif : par exemple, l'embouchure du rio San Juan devrait se situer à 5° Nord et sa source, en réalité voisine de celle du Darien, en est ici fort éloignée. Les marais du confluent du rio de la Madalena et du rio de Cauca ne sont pas signalés, le cours de ces deux rivières étant trop linéaire par rapport à la réalité. Les pourtours des golfes du Vénézuela et de Panama ainsi que celui du lac de Maracaibo sont incorrects. La côte ne forme pas une incurvation d'un degré de profondeur au Sud du cap de Corrientes. Enfin, la ville de Bacaramanga fondée en décembre 1622 ne s'y trouve pas ce qui prouve qu'au moment où cette carte a été gravée, elle n'était pas tout à fait à la pointe de l'actualité.

Bibliographie


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