Nicolas de FER, Le Pérou dans l'Amérique méridionale dressé sur les divers (sic) relations des flibustiers et nouveaux voyageurs

   A l'exception du Brésil portugais, la vice-royauté du Pérou administre depuis sa création en 1556 le reste de l'Amérique du Sud. En 1717, la Nouvelle-Grenade est soustraite à ce territoire et prend rang de vice-royauté mais, devant attendre la venue de son premier vice-roi jusqu'en 1739, elle continue pendant cette période d'être administrée par Lima. La carte de N. de Fer ne représente que les audiences - divisions judiciaires - du Pérou et du Charcas qui couvrent à peu près la superficie des républiques du Pérou et de Bolivie. Gravée en 1719 par Pierre de Rochefort (ca 1673-post 1728), membre de l'Académie du Portugal, elle apparaît dans l'inventaire des cuivres dressé en novembre 1720 après le décès de N. de Fer et fait partie de l'Atlas ou recueil de cartes géographiques dressées sur les nouvelles observations de Messieurs de l'Académie royale des sciences composé vers 1728 par les gendres du cartographe, Jacques-François Bénard et Guillaume Danet (Pastoureau, Fer II C).

    Cette carte au premier abord très simple, s'avère infiniment plus riche de données et plus correcte que la carte du Pérou grand pays de l'Amérique méridionale dressée cinq ans auparavant par Pieter van der Aa. Chez le cartographe hollandais en effet, un cartouche masque le cours de l'Amazone alors que N. de Fer indique les affluents du fleuve. On peut ainsi recon naître avec certitude les actuels rios Jutai, Juara, Tefe et Medeira ainsi que la présence des rios Ucayali, Coari et Purus sous leur dénomination ancienne. Bien que le tracé de ces rivières soit trop rectiligne et souvent trop long, le nombre en est correct si toutefois on néglige les affluents secondaires. Il subsiste cependant quelques erreurs dans le réseau hydrog raphique : par exemple, le rio Maragnan, actuel rio Marañon, situé bien trop au Sud. Ainsi, son confluent avec le Junburagna, aujourd'hui l'Ucayali, est placé à quelque 12° Sud, alors qu'il se trouve en réalité à un peu plus de 4°. De plus, son tracé n'effectue pas un coude vers le Nord, mais bien vers le Sud pour trouver effectivement sa source dans les environs de Huanuco. La précision avec laquelle Nicolas de Fer représente le Pérou s'explique par la qualité de sa source, la Carte de la Terre Ferme, du Pérou, du Brésil et du Pays des Amazones de G. de l'Isle, à laquelle il reprend la majorité de ses données sans en accepter les longitudes. Une exception qui mérite cependant d'être signalée : le rio de la Plata, qu'il transforme erronément en affluent du Paraguay à l'égal du Pulcomayo. G. de l'Isle, quant à lui, avait vu juste en faisant de cette rivière la prolongation du Madeira, aujourd'hui rio Mamore.

    De Fer ne signale à aucun endroit l'origine de ses renseignements. Selon le titre, la carte a été dressée "sur les divers[es] relations de flibustiers et nouveaux voyageurs". Par cette mention ambiguë, le cartographe se montre désireux d'exploiter le succès de deux récits de voyages, parus en 1714 et 1716, dont les auteurs sont respectivement Louis Feuillée (1660-1732) et Amédée-François Frezier (1682-1773). En effet, les descriptions de l'Amérique espagnole rédigées jusqu'alors par des Français étaient restées à l'état de manuscrit, celles-ci étant les premières à avoir été éditées. Si Feuillée doit sa célébrité à la précision de ses déterminations topographiques, Frezier met plutôt l'accent sur des observations de caractère ethnologique. Manifestement, l'indication allusive du cartouche cherche à faire de la carte un complément nécessaire aux ouvrages des deux voyageurs.

    Le document montre aussi les marais et les zones minières du pays dont la plus célèbre est le Potosi. Cette exploitation d'argent pour laquelle les Espagnols maintiennent à leur profit le système de la mita, se révèle coûteuse en hommes et se trouve illustrée dans le dessus du cartouche. Le raffinage du précieux métal nécessite le mercure des mines de Huancavelica (sur la carte Guancavelicas, à l'Est de Lima) où les conditions sont encore plus terribles. Le Potosi, sorte de gigantesque camp de travail forcé, est en ce début de XVIIIème siècle bien loin de sa période de faste : après avoir atteint 160.000 habitants vers 1610, il n'en compte plus que 60.000 en 1719. Ce déclin n'est pas seulement perceptible pour les mines et l'écono mie, le Pérou en général apparaît aux voyageurs qui le visitent comme une société coloniale sclérosée.

Bibliographie


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