Michel MERCATOR, America sive India Nova ad magnae Gerardi Mercatoris avi universalis imitationem incompendium redacta

Echelle indéterminée, 37,5 x 47 cm, colorié ; in Gérard MERCATOR, Atlas sive cosmographicae meditationes de Fabrica Mundi et fabricati figura

cote: VH 14.348 C LP

   Un examen approfondi n'est pas nécessaire pour se rendre compte que la représentation de l'Amérique par Michel Mercator (1565/70-1614), petit- fils de Gérard, s'inspire très nettement du planisphère intitulé Nova et Aucta Orbis Terrae Descriptio que son illustre aïeul fit paraître à Duisbourg en 1569 et qui marqua une étape importante dans l'histoire de la cartographie. Désireux de la voir utilisée par des marins,- "ad usum navigantium" selon l'expression de l'intitulé,- Mercator y place des loxodromies. En cela, il fait oeuvre de pionnier comme il l'avait fait en traçant des courbes de ce type sur son globe terrestre de 1541. Le problème auquel il est ici confronté est de les ramener du tracé spirale qu'elles suivent sur son globe, à des droites coupant les méridiens à angle constant. Mercator trouve la solution dans le fameux système de projection à latitudes croissantes auquel il laisse son nom. On ignore d'ailleurs trop souvent que Mercator l'utilise ici pour la seule et unique fois et que ses autres cartes ne seront pas construites sur le même procédé. En 1569, le géographe donne à sa représentation de l'Amérique du Sud des contours qui ne sont pas ceux de ses travaux précédents : l'excroissance de près de 20 degrés que forme la région du cap Santa Maria au Chili ne se retrouve ni sur la carte du monde de 1538, ni sur le globe de 1541, mais bien chez Oronce Finé, Apianus et dans le Ptolémée de Venise de 1561.

    On aurait beau jeu de relever erreurs et approximations. La chaîne andine connaît des prolongements dans ce qui est aujourd'hui le Brésil et l'Argentine. Pour la partie septentrionale, on remarque l'absence du Mississippi, un Groenland divisé en deux, une île nommée Friesland au Sud de Thulé, aujourd'hui l'Islande. A l'extrémité Sud des Appalaches, la chaîne bifurque pour traverser le territoire des Etats-Unis actuels. Les terres occupent une place surestimée : la largeur de l'Amérique du Nord prise entre ses points les plus extrêmes dépasse la réalité de plus de 45°. Mais il y a aussi de belles intuitions qui se verront confirmées dans les siècles suivants : la "Mare dulcium aquarum", préfiguration de la baie d'Hudson ou des Grands Lacs, et un "Strato de Anian" qui sépare le continent de l'Asie.

    Le troisième fils de Gérard Mercator, Rumold (1546/48-1599) publie en 1585,- cette date est avancée par J. Keuning,- une réduction de cette grande carte du monde dans une projection stéréographique qui affecte la configuration du continent. L'étirement du Nord de l'Amérique vers le pôle s'y trouve évidemment moins marqué, alors que le Brésil apparaît plus important du fait de l'élargissement progressif des longitudes. Il s'agit bien d'imitation : on trouve sur cette Orbis Terrae Compendiosa Descriptio toutes les caractéristiques décrites ci-devant, sans aucune nouveauté. La carte de Rumold est incluse en 1587 dans l'édition genevoise de la Géographie de Strabon, puis en 1595 dans l'Atlas de Gérard Mercator (1512-1594) qui paraît un an après le décès du cartographe avec quelques cartes signées de ses descendants.

    Quant au travail de Michel, il est moins original encore, puisqu'il calque le travail de Rumold. Quelques variantes sont cependant à noter : des commentaires un peu plus explicites, l'ajout des îles du Cap Vert, les cartons représentant Cuba, Haïti et le golfe du Mexique ainsi qu'une échelle légèrement agrandie. Sans doute le désir de faire paraître l'Atlas dans les plus brefs délais a conduit les héritiers de Mercator à préparer à la hâte les cartes manquantes et à abandonner tout travail de recherche ou de compilation susceptible d'actualiser le contenu des cartes. Il faut d'ailleurs ajouter que Michel n'a pas laissé d'empreinte marquante dans l'histoire de la cartographie. Il est l'auteur d'une autre carte, manuscrite, qui montre les fortifications du Rhin aux environs de Ruhrort ainsi que de la représentation de l'hémisphère oriental figurant sur la médaille frappée vers 1589 pour commémorer les voyages de Francis Drake (ca 1540-1596). Son nom apparaît aussi dans les Archives de Duisbourg comme tenancier d'auberge et comme membre du sénat de la ville de 1600 à sa mort.

Bibliographie


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