| |
je m’en irai. J’aime mieux ne rien faire que de me faire exploiter. J’ai d’ailleurs déjà environ 200 francs en poche. J’irais probablement à Zanzibar, où il y a à faire. Ici aussi d’ailleurs il y a beaucoup à faire. Plusieurs sociétés commerciales vont s’établir sur la côte d’Abyssinie. La maison a aussi des caravanes dans l’Afrique, et il est encore possible que je parte par là, où je me ferais des bénéfices et où je m’ennuierais moins qu’à Aden qui est, tout le monde le reconnaît, le lieu le plus ennuyeux du monde, après toutefois celui que vous habitez.
J’ai 40 degrés de chaleur ici à la maison : on sue des litres d’eau par jour ici. Je voudrais seulement qu’il y ait 60 degrés, comme quand je restais à Massaoua. Je vois que vous avez eu un bel été. Tant mieux. C’est la revanche du fameux hiver. Les livres ne me sont jamais parvenus, parce que, (j’en suis sûr) q.qu’un se les sera appropriés à ma place aussitôt que j’ai quitté le Troodos J’en ai toujours besoin, ainsi que d’autres livres mais je ne vous demande rien, parce que je n’ose pas envoyer d’argent avant d’être sûr que je n’aurai pas besoin de cet argent, par exemple si je pars à la fin du mois.
Je vous souhaite mille chances et un été de 50 ans sans cesser. Répondez moi toujours à la même adresse, si je m’en vais-je ferai suivre
A. Rimbaud
Maison Viannay, Bardey et Cie. Aden
[en marge: Bien faire mon adresse, parce qu’il y a ici un Rimbaud agent des Messageries maritimes. On m’a fait payer 10 cents de suppl. d’affranch.] |
|