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  Grandes collections
Charles Van Schoor (18/5/1840 - 13/12/1902)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
     
  In memoriam

Le 13 décembre 1902, une pénible nouvelle se répandait au palais de justice; M. Charles Van Schoor, premier avocat général à la Cour de cassation, venait de mourir subitement en son hôtel de l'avenue Louise.

L'émotion et le mouvement unanime de sympathie qui se produisirent dans le monde judiciaire ont été aussi vivement ressentis par tous les membres de la Société royale de Numismatique.

M. Charles Van Schoor, né à Bruxelles le 14 mai 1840, parcourut une brillante carrière judiciaire; nommé substitut du procureur du Roi à Mons le 14 septembre 1867, il était appelé au parquet de la Cour d'appel, le 24 août 1870, comme substitut du procureur général, pour devenir, le 27 mai 1876, avocat général et, le 26 septembre 1886, procureur général à la même Cour. Le 23 mars 1899, le Roi l'appelait au siège d'avocat général à la Cour de cassation. Dès le 3 septembre 1892, il avait été promu commandeur de l'ordre de Léopold.

D'autres diront sa grande science juridique, l'énergie et l'activité, l'esprit d'ordre et le souci de dignité qu'il apporta constamment dans ses différentes fonctions, comme aussi la conception si large qu'il avait des devoirs et des obligations de sa charge.

M. Charles Van Schoor avait réuni une suite importante de médailles et de monnaies papales, et il avait apporté dans cette recherche un goût artistique très sûr.

Le 2 juillet 1882, il avait été élu membre correspondant de notre Compagnie, et il était nommé membre effectif le 5 juillet 1885.

Il était l'un des membres les plus assidus des réunions de notre Société, et l'on garde le souvenir de sa verve aimable et de son accueil toujours si prévenant.

M. Charles Van Schoor représenta notre Société au Congrès international de Numismatique, tenu à Paris en 1900, et, à notre assemblée générale du 1er juillet, il donna des travaux de ce Congrès une courte et humoristique appréciation; notre président, en remerciant M. Van Schoor, dit avec raison que notre Compagnie ne pouvait être représentée par un délégué plus en état de le faire avec toute l'autorité désirable.

En 1897, notre regretté confrère avait fait don à notre Société de sa collection de médailles belges modernes et, en 1901 et 1902, il augmenta, par des dons annuels, la suite de nos médailles françaises contemporaines.

Il n'a pas voulu que la belle suite des médailles et des monnaies papales qu'il avait réunie, fût perdue pour la science numismatique, et c'est en faveur des musées de l'Etat qu'il en disposa. Cette riche et belle collection assurera au Cabinet royal des médailles de Bruxelles, pour ce qui concerne les monnaies et les médailles papales, un rang aussi distingué que les splendides collections du Chastel et de Hirsch donnent à la numismatique grecque et romaine.

A. De Roissart dans Revue belge de numismatique, 59, 1903, p. 229-231.

 

 
  La collection Van Schoor au Cabinet des Médailles de Bruxelles

Un arrêté royal, daté du 31 janvier 1903, a autorisé M. le Ministre de l'intérieur et de l'instruction publique à accepter, au nom de l'État, la collection de médailles et de monnaies qui lui ont été léguée par M. Van Schoor, en son vivant, premier avocat général à la Cour de Cassation.

La collection dont s'est ainsi enrichi le Cabinet de numismatique de la Bibliothèque royale de Belgique, grâce à l'intelligente libéralité de notre regretté confrère de la Société royale de numismatique, comprend 2.750 pièces exclusivement papales, et se décompose de la manière suivante:
           1.550 monnaies, dont 248 en or, 1.060 en argent, 242 en bronze
           1.200 médailles, dont 26 en or, 630 en argent et 544 en bronze.

Un simple coup d'oeil jeté sur ces deux séries, où les exemplaires de bonne et de très bonne conservations abondent, permet de se rendre compte immédiatement de leur importance et de constater que les monnaies l'emportent sur les médailles, tant sous le rapport de la valeur scientifique et artistique que de la valeur intrinsèque.

Le monnayage des papes peut se diviser, comme on sait, en deux périodes, auxquelles celui du sénat romain sert pour ainsi dire de transition. Pendant la première, qui s'étend du VIIIe au commencement du XIIe siècle, le Saint-Siège est tenu sous la dépendance de l'Empire et les monnaies portent, à de rares exceptions, les noms réunis de l'empereur et du pape. Pendant la seconde, au contraire, complètement affranchis de cette dépendance, nous voyons les souverains pontifes frapper monnaies à leur nom seul, puis à leur effigie [1].

C'est de cette seconde période, en prenant pour point de départ les monnaies d'argent et les sequins des sénateurs romains, que s'est exclusivement occupé feu M. Van Schoor.

Dans son médaillier se rencontrent deux pièces qu'il importe de citer avant tout: le florin au saint Jean-Baptiste, de Jean XXII (1316-1334), la plus ancienne monnaie d'or papale connue, et le rarissime sequin de Pie III (1503) dont on ne connait que deux ou trois exemplaires.

Viennent ensuite, pour n'énumérer que les raretés: les sequins d'Urbain VI, de Clément VII, de Jean XXIII, de Martin V et d'Eugène IV; les sequins et le giulio de Nicolas V, les sequins de Pie II et de Paul II; les doubles sequins d'Alexandre VI et de Jules II; deux pièces très rares également de Paul III, le double écu d'or et le teston d'argent; toutes les monnaies d'Adrien VI, l'ancien précepteur de Charles-Quint, dont le pontificat dura à peine un an (1522-1523); les doubles sequins de Clément VI; l'ecu d'or de Jules III et le très rare teston à la tiare du même pontife, dont M. Van Schoor possédait deux exemplaires variés; les très artistiques scudi de Sixte-Quint, qui forment une série superbe; le quadruple écu d'or de Paul V et les écus du même; le double écu et les écus d'or de Grégoire XV; plusieurs quadruples d'or d'Urbain VIII au nom du cardinal Barberini, légat d'Avignon; le scudo d'argent de Clément XII, au revers de l'Abondance et de la Justice; le demi-scudo de Benoit XIV à la figure de Saint Pierre devant l'hôpital du Saint-Esprit; enfin le très rare écu de la République romaine (1798-1799).

Considérée dans son ensemble, la série monétaire de la collection Van Schoor est donc réellement remarquable, et l'on peut dire que peu de pièces lui font défaut.

Si la suite de médailles n'est pas aussi importante, elle constitue néanmoins une galerie iconographique merveilleusement vivante et du plus haut prix pour l'histoire; galerie à la confection de laquelle ont travaillé des artistes tels que: Andrea Guazzalotti (sous Pie II), Paladino (sous Alexandre VI), Caradosso (sous Jules II), Benvenuto Cellini dont la collection renferme six médailles, Bonzagna, Cavino, Poggini, Niccolo Bonis, Giorgio Rang, Paolo Sanquirico, Giacomo-Antonio Moro, Gaspare Mola, Astesano, etc.

F. Alvin dans La Gazette numismatique, 7 n° 10, 1903, p.160-162

 

[1] Sous Sixte IV.