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In memoriam
La Société royale de numismatique de Belgique vient de perdre son membre
le plus âgé, le plus aimé et, qu'on nous permette l'expression, le plus populaire.
Edouard Van den Broeck n'est plus! Une grippe, une violente grippe, a triomphé en
quelques jours de sa robuste constitution qui nous faisait tous espérer le voir devenir centenaire.
Né à Bruxelles, le 20 septembre 1820, il y est décédé le 1er mars dernier, âgé
de près de quatre-vingt-onze ans et demi.
Orphelin à onze ans, il fit ses études professionnelles à l'Athénée de Bruxelles.
Il avait à peine atteint sa seizième année qu'il entrait en qualité de commis dans
une importante entreprise commerciale, dont son frère aîné était le secrétaire général,
où il fit un stage assez long.
Après s'être occupé, en association avec ses sœurs, du commerce d'étoffes pour mobilier,
ces dernières s'étant retirées pour vivre de leurs rentes, il prit, ayant l'oisiveté en
horreur, une patente d'agent de change et exerça cette profession jusqu'en 1889, avec un
zèle et une probité tels que ses confrères l'élurent vice-président de la Commission de
la Bourse. Agé de près de soixante-dix ans, il se décida enfin à prendre sa retraite pour
vivre désormais au milieu de ses chères collections; car Van den Broeck avait l'amour des
collections dans le sang et il rechercha avec passion, à peine adulte, aquarelles, livres,
autographes et même les circulaires commerciales illustrées qu'il avait groupées en de gros
albums. Mais toutes ses préférences allèrent bientôt à la numismatique, dont il forma
l'une des plus importantes collections générales du pays.
Tout d'abord ce furent les monnaies et les médailles françaises de Louis XIV à Napoléon
qui excitèrent sa curiosité, puis ce furent les jetons des anciennes dix-sept provinces
des Pays-Bas qui retinrent son attention; enfin à dater de 1855, il s'attacha tout
particulièrement à réunir les souvenirs numismatiques si intéressants de sa ville natale.
Parmi eux, deux séries l'intéressèrent surtout: les jetons des receveurs de Bruxelles
et les jetons des receveurs ou intendants du rivage. Il mit près d'un demi-siècle de
recherches acharnées à former de ces pièces une suite qu'il serait impossible de
reconstituer aujourd'hui et qui ne compte pas moins de 330 jetons. Grâce aux
démarches de M. Fréd. Alvin, alors conservateur-adjoint du Cabinet royal des
médailles, ces pièces ont été acquises en 1897 par l'État et elles sont désormais à
l'abri de la dispersion.
C'est chose heureuse, car il importe de faire remarquer que cette collection, d'un caractère
si spécial et peut-être unique, constitue une source des plus précieuse pour l'héraldique et
pour la généalogie des anciennes familles de la capitale du Brabant, sans compter que ces
jetons, par les compositions qui ornent parfois leur revers, nous renseignent sur la vie
municipale de la vieille cité de Saint Michel.
M. Van den Broeck ne s'est pas borné à recueillir ces curieuses pièces; mais il les a
étudiées avec soin et sagacité dans de nombreux articles, fort appréciés en Belgique et
à l'étranger, paru de 1866 à 1906 dans la Revue belge de numismatique et dans la Gazette
numismatique.
Nommé membre correspondant regnicole de la Société royale de numismatique de Belgique,
le 6 juillet 1862, il en fut élu membre effectif en même temps trésorier dans l'assemblée
générale du 3 juillet 1864. Van den Broeck remplit ces délicates fonctions pendant
trente-trois ans, après quoi il accepta le poste de contrôleur de la Société,
qu'il ne quitta que deux mois avant sa mort, le 31 décembre 1911.
A diverses reprises, la Société numismatique tint à lui témoigner sa satisfaction et sa
gratitude: en 1872, en 1876, en 1882 et en 1897, il fut remis solennellement des médailles
de bronze, d'argent, de vermeil et d'or à son nom et à ses titres.
Enfin, en 1904, à l'occasion du 40e anniversaire de son entrée dans le bureau de la Société
royale de numismatique de Belgique, quelques amis de l'érudit et sympathique numismate prirent
l'initiative d'une souscription ayant pour objet la frappe d'une médaille à son effigie.
Elle est l'œuvre du talentueux sculpteur belge G. Devreese, et le nombre des adhérents,
près de deux cents, prouve en quelle estime le regretté défunt était tenu de tous.
Disons encore que M. Van den Broeck fut le promoteur et l'un des créateurs d'une section
numismatique à l'Exposition nationale de Bruxelles de 1880, qu'il prit une part active
au Congrès international de numismatique de 1891, dont il fut le trésorier et qu'il fut
l'un des membres fondateurs de la Société hollandaise-belge des amis de la médaille d'art.
Le gouvernement sut récompenser les services rendus par M. Edouard Van den Broeck à la science
et à la Société royale de numismatique de Belgique en le nommant successivement chevalier
(11 juin 1888) et officier (27 mars 1907) de l'Ordre de Léopold.
D'une obligeance inlassable, Van den Broeck mettait avec empressement ses connaissances
et se collections au service des chercheurs; il aimait à encourager les débutants et
était prodigue de ses conseils. D'un caractère jovial et, comme on dit à Bruxelles,
en langage du terroir, un peu "zwanzeur", il fut pendant près d'un demi-siècle la
joie et la gaîté des banquets qui suivent chaque années les réunions de la Société.
C'était un excellent homme dans toute l'acceptation du mot, aussi son souvenir
restera-t-il vivace parmi nous.
MM. Ernest et Julien Van den Broeck, les fils de notre regretté confrère, ont fait don
à la société de numismatique de tout ce qui restait de la bibliothèque et des
collections numismatiques de leur père. Nous tenons à leur exprimer ici notre
gratitude pour cet acte d'intelligente générosité.
A. de Witte dans Revue belge de numismatique, 68, 1912, p. 338-342.
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Don de la collection de jetons des magistrats de Bruxelles de M. Van den Broeck
La suite incomparable des jetons des magistrats de Bruxelles, formée, pendant plus d'un
demi-siècle, par notre savant confrère Éd. Van den Broeck, est définitivement entrée au
Cabinet des Médailles de l'État belge.
Cette collection unique est formée de deux grandes séries :
- celle des jetons des receveurs-trésoriers de la ville (1334-1698)
- celle des jetons des receveurs et intendants du Rivage ou du Canal (1585-1698)
La première suite, qui est de beaucoup la plus intéressante, comprend 52 jetons du
XIVe siècle, 48 du XVe, 34 du XVIe et 119 du XVIIe, portant, la plupart, des armoiries de
familles bruxelloises. Beaucoup de ces rares monuments sont inédits.
La deuxième série se compose de 77 jetons.
Nous sommes persuadé d'être l'interprète fidèle de tous ceux qui s'intéressent à la
science numismatique, en adressant les plus vives félicitations du monde savant à tous ceux
qui ont contribué à la réussite de cet heureux événement. Honneur à M. Picqué, le distingué
conservateur du Cabinet royal de numismatique, à M. Van den Broeck, le chercheur infatiguable
et désintéressé et aux pouvoirs publics qui ont compris toute l'importance de semblable acquisition.
Vte B. de Jonghe dans Revue belge de numismatique, 54, 1898, p. 103-104.
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