Trésor de Liberchies

Dix-sept aurei du trésor de Liberchies

Le trésor de Liberchies est un document unique pour l’histoire monétaire de la Belgique romaine. Ce dépôt est composé de 368 monnaies romaines d’or. Les plus anciennes datent du règne de l’empereur romain Néron (54-68 de notre ère) et les plus récentes portent le portrait de l’empereur Marc Aurèle.

Le trésor a probablement été enfoui peu après 166 (vu la date de la pièce la plus récente) dans le village romain de Liberchies, bourgade importante située le long de la route romaine de Bavay à Cologne.

Ces pièces d’or ont été achetées par la Banque nationale de Belgique pour le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque royale en 1970.

Découvrez 25 pièces du trésor 

 

 

Un relais sur la voie romaine Bavay-CologneRevers d'un aureus de Domitien (79) Vesta, voilée, assise à gauche, le pied gauche sur un coussin, tenant le palladium et un sceptre long transversal.

Déjà au XIXe siècle, des fouilles et des recherches ont été entreprises à Liberchies – plus précisément au lieu-dit ”Les Bons Villers”. Les terres agricoles fertiles de cette commune ont protégé, pendant plus de 2000 ans, les restes d’un des lieux de trouvailles archéologiques les plus riches de la Belgique. Le vicus (ou village) romain qui y a été exhumé est, depuis le règne d’Auguste (14 avant notre ère - 27 après notre ère), un centre commercial et un relais sur la grande voie de communication reliant Bavay (France) à la frontière de l’Empire romain près de Cologne, en passant par Tongres.

 

Des taupes aident aux fouilles

Avers d'un aureus de Domitien (79)Lorsqu’en septembre 1969, les archéologues de l’association “Pro Geminiaco” découvrent parmi les restes d’un vestige romain en pierre, un seul aureus de l’empereur Titus (69-79 de notre ère), ils sont loin d’imaginer qu’à seulement un mètre de l’endroit se trouve enfui un véritable trésor. Il a fallu attendre la saison des fouilles suivante, du mois d’août au mois de novembre 1970, pour que les monnaies restantes, soit 2,6 kg d’or, ne soient déterrées.

Situé à environ 70 cm sous terre, ce trésor était étendu sur une surface carrée d’environ 20 centimètres sur 20 centimètres et sur une hauteur de 10 centimètres. L’éloignement d’une seule monnaie du trésor a sans doute été l’œuvre des taupes, qui peuvent en effet éloigner des pièces archéologiques de leur lieu de dépôt.

 

Et pour quelques grammes d’or de plusRevers d'un aureus de Titus (79) Vénus à demi nue, debout à droite, vue de dos, s'accoudant à une colonne, tenant une lance transversale et un casque

Conservé dans son état d’origine, dans une bourse en tissu ou en cuir, le trésor comprend des monnaies d’or - ou aurei - dont les plus anciennes appartenaient à l’empereur Néron (54-64) et les plus récentes à l’empereur Marc-Aurèle (166). Ayant circulé pendant plus d’un siècle, les 68 aurei de Néron apparaissent relativement usés. Même si elles pèsent quelques centigrammes de moins que les pièces de Marc-Aurèle (7.02 g au lieu de 7.20 g), ces monnaies sont aisément acceptées au IIe siècle. Sans doute, la monnaie de l’époque romaine est-elle surévaluée, ce qui signifie que son pouvoir délibératoire est supérieur à sa valeur métallique.

Il reste étonnant de n’avoir trouvé que deux monnaies d’or de l’empereur Domitien (81-96) et aucune pièce de Nerva (96-98). En revanche, le trésor compte huit monnaies de l’empereur Galba (68-69), dont le règne ne dura que sept mois, et trois de Othon (69 après J.-C.) qui resta à peine trois mois au pouvoir.

Ce phénomène concerne aussi d’autres trésors et s’explique par le poids des aurei de Domitien et de Nerva, qui pèsent 30 à 40 cg de plus que ceux de leurs prédécesseurs et de leurs successeurs. Après quelques décennies, ces monnaies ont été retirées de la circulation pour être refondues par des orfèvres ou retenues par les autorités.

 

Inflation contrôlée (par l’empereur)

Trésor de LiberchiesOn ne trouve jamais de monnaies d’empereurs antérieurs à Néron dans les trésors de monnaies d’or du IIe siècle, ce qui s’explique également par la politique monétaire menée par les empereurs. Néron transforme le régime monétaire en 64 : il fait réduire la teneur et le poids des pièces d’argent et le poids des aurei de 7.70 g à 7.30 g. L’incendie de Rome et la reconstruction de la ville, ainsi que la passion de l’argent de l’empereur et de son entourage sont les causes directes de ces réductions, qui constituent en réalité des impôts supplémentaires déguisés. On peut très bien s’imaginer que Rome transforme immédiatement en nouvelles monnaies plus légères, l’argent qu’elle perçoit par le biais de taxes et autres transactions.

 

Un propriétaire mystérieusement disparuAvers d'un aureus de Titus (79)

Le trésor de Liberchies a fait l’objet d’une publication remarquable dont l’auteur est Marcel Thirion, qui a contribué ainsi à en faire l’un des principaux trésors du genre. Si d’autres découvertes importantes de pièces d’or en Belgique sont connues, leur contenu reste souvent inexploré. Ainsi, nous ne savons presque rien de la composition du trésor de Mespelare (environ 900 pièces) et le trésor d’Arquennes (environ 907 pièces) n’a pas encore été publié.

La plupart des grands trésors romains datent de la seconde moitié du IIe siècle de notre ère. S’ils témoignent de l’immense richesse qui se trouvait entre autres en Gaule, ils rappellent également que c’est une époque très agitée où il est pratiquement impossible de récupérer son épargne. De ce fait, nous ne saurons sans doute jamais avec certitude si le propriétaire du trésor de Liberchies est mort de la peste, qui s’est répandue en 166, ou lors des pillages des Chauken en 172 ou encore, plus simplement, à la suite d’un banal accident.

 

 

Description bibliographique

KBR – Monnaies et Médailles

Cote du document : II.62.555 à II.62.921 et II.61.100

Ce trésor comprend 368 aurei romains, frappés à Rome (351 exemplaires), à Tarragone (1 ex.) et à Lyon (16 ex.). Ces monnaies portent les effigies des empereurs suivants : Néron (68 ex.), Galba (8 ex.), Othon (3 ex.), Vitellius (4 ex.), Vespasien et fils (82 ex.), Titus (8 ex.), Domitien (2 ex.), Trajan et parents (66 ex.), Hadrien et parents (76 ex.), Antonin le Pieux et parents (44 ex.), Marc-Aurèle et Lucius Verus (7 ex.).

Les pièces les plus anciennes datent de 63-64 de notre ère, la monnaie la plus récente est une pièce de Marc-Aurèle de 166.

Trouvé à Liberchies (Pont-à-Celles/Luttre) en 1970, acquis par la Banque Nationale de Belgique et légué au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Royale en 1971 (numéros d’inventaire II.62.555 à 62.921 en date du 29 avril 1971 et II.61.100 en date du 18 mars 1970. Cette dernière monnaie a été directement acquise par la Bibliothèque).

 

Bibliographie sélective

Thirion, Marcel, Le trésor de Liberchies. Aurei des Ier et IIe siècles, Bruxelles, 1972.

van Heesch, Johan, De muntcirculatie tijdens de Romeinse tijd in het noordwesten van Gallia Belgica (Monographie de l’archéologie nationale, 11), Bruxelles, 1998.