Une invitation à la modération à l’approche des fêtes de fin d’année

17/12/2018

L’équipe de restauration des Estampes européennes de Dürer à Rembrandt vous souhaite à tous un Joyeux Noël et une Bonne Année. À l’approche des fêtes de fin d’année, les membres de l’équipe vous disent tout de cette gravure au ton quelque peu moralisateur intitulée Le jeune Buveur (1590 – 1610), d’après un dessin de Hendrick Goltzius (1590-1610), édité par Johannes Pietersz. Berendrecht.

Le jeune Buveur

 

L’excès jamais ne paye

Un jeune homme, assis sur un petit banc devant une vigne, boit goulûment deux verres en même temps.  

À ses pieds sont déposés un livre, un sablier et une bourse d’argent déchirée. L’inscription qui se trouve en dessous de ces objets nous éclaire sur la signification de l’œuvre : « Tout cela découle de la gourmandise et de l’ivrognerie. »  L’abus vous fait perdre du temps, de l’argent et nuit à la santé.

Le texte en dessous de l’estampe et les objets posés sur le sol devant le personnage se réfèrent aux conséquences d’une consommation excessive d’alcool :

“Aenschout Jonckmans die dit hanteeren
U tijt, geld, memorie wert ghy hier duer quijt
U Welvaren, gesontheyt, levende hier in oneeren
Met een beroyt hooft, sonder achterdocht, tot elcx verwijt.”
[traduction] “Regardez, jeunes hommes, qui de tout abusez - Votre temps, argent, mémoire, ici vous les perdrez - Votre bien-être, et santé, en vivant ici dans le déshonneur - L’esprit perdu, sans réflexion, sous les regards réprobateurs.”

 

Le sablier et la bourse d’argent déchirée renvoient, quant à eux, au temps et à l’argent gaspillés.

Le pendant de cette estampe contient probablement aussi un avertissement, en représentant un homme âgé dans des circonstances misérables symbolisant la déchéance.

 

Fausses marges

L’intérêt de cette estampe ne vient pas uniquement de son contenu. En effet, le projet Les estampes européennes de Dürer à Rembrandt est axé sur l’aspect matériel du document, plus particulièrement la restauration. Dans la plupart des cas, les gravures sont montées sur du carton non-acide à l’aide de petites charnières de papier Japon (cf. précédent blog). Dans le cas de la gravure du Jeune Buveur, la découpe du papier étant arrondie au-dessus, une autre technique a été appliquée.

  

(Photographie avant et après traitement et reconditionnement.)

 

Ici, le restaurateur a pourvu la gravure de larges marges supplémentaires de papier Japon (appelées également « fausse marges »). Grâce à celles-ci, le futur chercheur ne touchera pas directement l’œuvre notamment lorsqu’il ou elle voudra consulter le revers de l’estampe. En outre, ces “fausses marges” sont très utiles à l’encadrement. Pour un résultat gagnant-gagnant donc.

 

Bibliographie

 

Le jeune Buveur