2. Anne-Mie Van Kerckhoven, Troeteldiertjes lokken, 1976. Inkt en kleurpotlood op Steinbachpapier op karton, 27 x 35 cm. Brussel, KBR, inv. F-2026-64.

KBR reçoit une importante donation d’Anne-Mie Van Kerckhoven

Une œuvre novatrice

Depuis les années 1970, Anne-Mie Van Kerckhoven développe une œuvre vaste et interdisciplinaire, mêlant dessin, peinture, collage, film, médias numériques, installation et performance. Son travail brouille les frontières entre les disciplines et les idées, en faisant se rencontrer de manière inattendue les sciences, la technologie, la philosophie, le langage, l’érotisme et la mystique.

La recherche scientifique occupe une place importante dans son travail : dès les années 1970, elle s’intéresse notamment à l’intelligence artificielle. La représentation des femmes et la manière dont les structures sociales et culturelles influencent notre regard sur le corps féminin sont également des thèmes récurrents dans son œuvre.

En 2022, l’Université d’Anvers lui a décerné un doctorat honoris causa, en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la scène artistique belge et de son approche visionnaire, qui fait dialoguer l’art et la science.

Trois séries, quatre décennies

Les 33 dessins reçus par KBR appartiennent à trois séries réalisées à différentes périodes de la carrière d’Anne-Mie Van Kerckhoven. Ensemble, ils permettent de suivre l’évolution de son travail et d’en découvrir toute la diversité.

« En explorant différents systèmes de connaissance et en les mettant en relation, j’essaie de développer un état d’esprit positif. Cela m’aide à faire face au chaos qui imprègne notre quotidien. Je travaille avec différents médias, mais je reste avant tout dessinatrice. Dessiner est une manière de comprendre, de rendre simples des perceptions complexes. » – Anne-Mie Van Kerckhoven, 26 novembre 1998

Anne-Mie Van Kerckhoven, Grand Bazar, 1976. Inkt en kleurpotlood op Steinbachpapier, 27 x 36 cm. Brussel, KBR, inv. F-2026-61.


Les dessins de la première série, réalisés en 1976, datent de deux ans après l’obtention de son diplôme en arts graphiques à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers (fig. 1-2). Son utilisation de couleurs vives et fluorescentes témoigne de sa fascination précoce pour les images publicitaires présentes dans l’espace public. Elle travaillera ensuite pendant plusieurs années pour une entreprise spécialisée dans les publicités lumineuses, où le néon occupait une place importante.

La même année, le scientifique Luc Steels demande à Van Kerckhoven, alors âgée de 25 ans, de mettre sa thèse de doctorat Computer Simulation of Parser en images. Pionnier de l’intelligence artificielle, de la linguistique informatique et de la robotique, Luc Steels collabore ainsi avec la jeune artiste. Ces dessins explorent de manière intuitive les relations entre l’art et la science, l’être humain et la machine, ainsi qu’entre le texte et l’image.

En 2025, l’artiste revient sur ces dessins : « Comme des traces d’impressions et de sensations laissées sur une feuille de papier, les lignes s’organisent d’elles-mêmes et remplissent la surface comme un mandala : un flux spontané et désordonné de lignes qui font émerger des formes reconnaissables et d’autres éléments, jusqu’à ce que la feuille soit suffisamment remplie pour former un tout. »

Anne-Mie Van Kerckhoven, Sint-Pauluskerk Heilige nr. 3, 1993. Feutre sur papier, 296 × 210 mm. Bruxelles, KBR, inv. F-2026-77.

La deuxième série a été réalisée en 1993, l’année où Anvers était capitale européenne de la culture. Ces esquisses s’inspirent de statues baroques de saints que Van Kerckhoven a découvertes dans différentes églises anversoises À travers ces représentations de saints, tantôt en pleurs, tantôt en extase, Van Kerckhoven explore des thèmes qui lui sont chers, comme la mystique et la souffrance (fig. 3-4). Cette série apporte également un complément intéressant à la collection de dessins du XVIIe siècle préparatoires à des sculptures religieuses déjà conservée à KBR.

Anne-Mie Van Kerckhoven, Le Rouge et le Noir (de la série Sisyphus, gelukkig), 2010. Peinture à l’huile, pastel, marqueurs et crayon sur papier, collage, 300 × 310 mm. Bruxelles, KBR, inv. F-2026-92.

La troisième série, la plus récenteSisyphus, gelukkig, date de 2010 et montre comment Van Kerckhoven associe le dessin au collage (fig. 5). Les œuvres s’inspirent d’une étude de l’essayiste belge Oskar Van der Hallen, Het diabolisme in de hedendaagse roman (1962), consacrée à la présence du diabolique dans la literature.  Van Kerckhoven établit notamment des liens avec la représentation « sombre » des mannequins dans la presse de mode contemporaine (fig. 6).

L’art contemporain au sein des collections de KBR

« KBR souhaite non seulement protéger le patrimoine du passé, mais aussi faire une place aux artistes et aux auteurs d’aujourd’hui. L’œuvre d’Anne-Mie Van Kerckhoven s’inscrit parfaitement dans cette démarche. Son travail évolue librement entre l’image et le texte, l’art et la science, et apporte à nos collections de nouvelles perspectives et des liens inattendus. Nous sommes donc particulièrement heureux et reconnaissants de voir cette œuvre pionnière rejoindre aujourd’hui les collections de KBR. » – Sara Lammens, directrice générale de KBR

Les œuvres d’Anne-Mie Van Kerckhoven rejoindront la collection du Cabinet des estampes, où elles seront accessibles à des fins de recherche et pourront être présentées dans le cadre d’expositions.

Cette donation a notamment été rendue possible grâce au soutien de la galerie bruxelloise dépendance.