Wim Verbaal

Quel rôle jouent la culture, les livres ou le patrimoine dans votre vie personnelle ou professionnelle ? 


En tant que professeur de langue et de littérature latines à l’Université de Gand, il est évident que mon intérêt est entièrement consacré au patrimoine culturel et historique de l’Europe. J’ai la chance d’appartenir à ces personnes dont les passions personnelles se reflètent dans leur travail. 
Mon attention professionnelle étant portée sur la littérature et la culture latines en Europe après l’Antiquité, je me sens lié à l’ensemble de l’histoire culturelle européenne et je me considère comme investi de la mission de faire revivre le vaste spectre sur lequel le latin, langue cosmopolite de l’Europe jusqu’au XVIIIe siècle (et au-delà), a laissé son empreinte. La culture du manuscrit et du livre y occupe naturellement une place centrale. J’intègre souvent et volontiers la riche collection de l’Université de Gand dans mon enseignement et mes recherches — un fonds qui, après celui de la KBR, est le plus ancien de Belgique. 

Que représente pour vous le KBR museum ? Pourquoi avoir choisi de rejoindre précisément ce cercle d’amis ? 


Étant étroitement lié à la collection de mon université, je ne peux que saluer l’initiative du KBR museum. La KBR fait partie des institutions bibliothécaires les plus importantes d’Europe. Ses collections contiennent des pièces mondialement célèbres, véritables chefs-d’œuvre du patrimoine européen. Le fait que la KBR ait décidé de les rendre plus accessibles à un large public me semble une excellente décision. Les grandes bibliothèques restent trop souvent fermées, si bien que l’importance culturelle et sociale de leurs collections ne parvient pas à toucher le public. Cela comporte des risques réels et concrets pour la pérennité et le fonctionnement de ces institutions dans un monde où les secteurs de la culture et du patrimoine sont de plus en plus sous pression. 
La KBR s’inscrit ainsi dans la lignée d’initiatives comme celles de la Bibliothèque nationale de France à Paris ou de la Chester Beatty Library à Dublin. 
À cela s’ajoute la situation typiquement belge : la KBR est une institution fédérale, et cela constitue chez nous plutôt un désavantage lorsqu’il s’agit de financement ou de soutien de l’État. Pour cette raison, je considère comme un devoir, tant en raison de mon activité professionnelle que de ma citoyenneté belge, d’apporter mon soutien au KBR museum. 

Avez-vous une œuvre d’art, un objet ou un manuscrit préféré au musée ? Pourquoi vous parle-t-il particulièrement ? Y a-t-il un espace ou un aspect de la KBR qui vous fascine en particulier ? 


En raison de mes activités professionnelles, je m’intéresse à l’ensemble de la culture et de l’histoire du livre en Europe (et au-delà). Il n’est donc pas facile de faire un choix, mais la Librairie des ducs de Bourgogne retient toujours tout particulièrement mon attention. Elle peut être considérée comme l’une des manifestations les plus remarquables de la Renaissance du Nord, éclipsée toutefois par l’attention portée à son équivalent italien. Les dommages subis par cet héritage aux XVe et XVIe siècles nous ont malheureusement privés d’une grande partie de l’éclat de cette période. La Librairie nous en donne un aperçu, mais elle est encore loin d’avoir révélé tous ses secrets.