Le Moyen Âge est à mourir de rire

On associe souvent l’époque médiévale à une période sombre et austère. Guerre, famine, épidémies sont en effet trois fléaux bien présents. Et la religion chrétienne impose ses normes morales.

 

 

Mais les manuscrits nous transmettent l’image d’une autre facette de la société médiévale, vivante et drôle. À travers les textes et les images mais aussi un espace particulier : les marges. Les bordures des pages sont truffées d’éléments très drôles, parfois satiriques, juste à côté de textes souvent religieux. On peut légitimement se demander quelle partie de la page regardaient réellement lecteurs et lectrices…

 

En marge

À partir de 1250 environ, des « drôleries » envahissent les marges des manuscrits du Nord de l’Europe. Des animaux, monstres, hybrides, etc. s’accrochent aux lettrines ou gesticulent autour du texte. Des saynètes inspirées de la culture populaire se glissent également çà et là. Avec ces marginalia, les miniaturistes ont trouvé un espace d’expression et de liberté. Et le lecteur devient aussi spectateur.

 

 

Le monde à l’envers

Ces marges sont notamment le lieu d’un renversement du monde, un mundus inversus où l’ordre des choses se dérègle : le lapin poursuit le chasseur, les soldats en armes fuient devant des escargots et l’âne enseigne les Écritures. Des animaux humanisés vont aussi copier et caricaturer l’humain et ses travers. Toutes les catégories sociales, ou presque, deviennent l’objet de moquerie. Et il n’est pas rare que les saynètes soient équivoques voire carrément grivoises.

 

 

Tout un roman

De nombreux textes révèlent aussi un Moyen Âge vivant et fantaisiste. Le Roman de Renart est un des textes les plus lus, et racontés, du Moyen Âge. Emblématique de ces animaux tournant l’humain en dérision, il marque les esprits au point que son héros, Renart, laissera son nom à l’animal qu’il incarne (nommé goupil auparavant). Les tours qu’il joue à Ysengrin le loup, Chantecler le coq ou Tiécelin le corbeau pimentent souvent les marges des manuscrits.

Le succès des romans chevaleresques dénote aussi un goût affirmé pour une littérature « légère ». Amour, combats épiques, tache de naissance, coups montés, philtre magique, traîtres sans scrupules et un zeste d’érotisme : les ingrédients du Roman de Gérart de Nevers auraient de quoi séduire un producteur de série contemporaine ! Pourtant, c’est bien d’un manuscrit copié au XVe siècle qu’il s’agit.

 

À travers le trou dans le mur, Liziart épie Euryant dans son bain et observe sur son sein une marque distinctive. Miniature du Maître de Wavrin dans Gérard de Nevers. KBR, ms 9631, f.12v

 

Explorez la fantaisie des marges et des histoires médiévales au KBR museum.

Jusqu’à l’ouverture du musée, nous vous emmenons à l’époque des ducs de Bourgogne à travers des détails et anecdotes tirés des manuscrits de leur prestigieuse Librairie.

 

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