Les livres d’histoire mentent

Au XVe siècle, dans le monde du livre, le client est roi. Pour l’histoire, comme pour le reste, celui qui commande un ouvrage choisit ce qu’il raconte.

 

 

Récits et images sont de puissantes armes politiques. Les ducs de Bourgogne, et en particulier Philippe le Bon, utiliseront à merveille ces outils  à des fins de propagande. En n’hésitant pas, bien évidemment, à présenter les faits sous l’angle qui leur convient.

 

Une certaine vision de l’histoire

Un dragon dans un livre d’histoire ? Même à l’ère des fake news, personne n’oserait ! Cette image provient pourtant bien d’un manuscrit historique de la Librairie des ducs de Bourgogne. Très friands de ce type d’ouvrages, ils en multiplient les commandes luxueuses. Le choix de leurs sujets est rarement anodin. Ceux-ci permettent notamment d’asseoir la légitimité des ducs, d’accroître leur prestige et de justifier leurs visées politiques.

Philippe le Bon et Charles le Téméraire aiment ainsi à célébrer des héros mythiques comme Alexandre le Grand ou Charlemagne. Les récits de leurs exploits, plus proches de l’épopée légendaire que de la recension historique sont richement illustrés et font souvent l’objet de séances de lectures publiques à la cour. S’identifiant subtilement à ces glorieux modèles, les ducs se parent ainsi d’un peu de leur prestige.

 

 

Miniature du manuscrit Première guerre punique
Combat du consul Marcus Atilius et de l’animal fabuleux. Miniature de Willem Vrelant dans Leonardo Bruni, Première guerre punique. KBR, ms. 10777, f 58r

 

La vérité des ducs

Les commandes répondent parfois à des enjeux politiques clairement identifiables, comme par exemple pour les célèbres Chroniques de Hainaut. Ce manuscrit copié au milieu du XVe siècle, contient la traduction d’annales écrites 50 ans plus tôt, qui racontent l’histoire des comtes de Hainaut depuis la guerre de Troie.

Philippe le Bon en commande une version française lorsqu’il force sa cousine Jacqueline de Bavière à lui céder le comté de Hainaut. Plus proche de la compilation que de la traduction, cette version commence par un prologue créé de toutes pièces, présentant le duc comme l’héritier légitime de la lignée des comtes de Hainaut.

La miniature de présentation – image iconique de KBR – est la seule enluminure jamais attribuée à Rogier van der Weyden. Véritable manifeste du pouvoir ducal, elle met en scène Philippe le Bon entouré de son fils, de ses conseillers et des chevaliers de la Toison d’Or. Dans les marges apparaissent les armoiries de tous les territoires dirigés par le duc.

 

 

Découvrez quelles autres vérités racontaient les manuscrits des ducs de Bourgogne au KBR museum.

 

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